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  <title>Kozeries en dilettante - Mes petits cailloux</title>
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  <language>fr</language>
  <pubDate>Fri, 18 Jul 2008 07:56:01 +0200</pubDate>
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    <title>7:1967 Oh purée !</title>
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    <pubDate>Fri, 07 Dec 2007 22:21:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Anna Fedorovna</dc:creator>
        <category>Mes petits cailloux</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Maman travaille. Les jeudis je vais au centre aéré, soit celui de la ville, soit près du travail de Maman parce que je suis trop petite pour rester toute seule toute la journée. Mais il y a des jeudis où Papa peut venir déjeuner avec moi et rester un moment avec moi l'après-midi. Ou alors quand je suis malade et que je reste en peignoir à la maison il vient des fois aussi. Avant Maman cherchait une dame pour me garder mais maintenant je me garde toute seule et un peu Papa.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Ces jours-là c'est moi qui fais le déjeuner. Papa il ne sait pas. Il ne sait pas faire les courses non plus alors il n'aime pas quand Maman lui demande de nous rapporter une baguette pour le dîner pour qu'elle n'aie pas besoin de ressortir. Ou peut-être qu'il ne veut pas faire des courses qu'il ne mange pas vu qu'il dîne toujours chez Boris. Quand c'est jeudi il m'emmène parfois au restaurant mais souvent (et aussi quand je suis malade) on mange à la maison. Moi je sais bien faire à manger. Surtout le riz. Bon, en fait je ne sais faire que le riz. Mais très très bien et Papa me complimente toujours parce qu'il ne mange nulle part ailleurs du si bon riz.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Pour cuire le riz il faut mettre de l'eau à bouillir dans une grande casserole avec un peu de sel. Papa s'assied sur le tabouret en face de la cuisinière, le dos appuyé au mur, et il surveille qu'il n'y a pas de souci avec le gaz et que je ne vais pas me brûler. Quand l'eau bout je jette le riz dedans et je compte vingt minutes (papa m'aide et on compte combien de temps si on avait un accélérateur qui ferait bouillir l'eau deux fois plus vite ou si le fond de la casserole était percé et qu'on devrait remettre de l'eau froide pendant que ça cuit). Au bout des vingt minutes, il faut tout verser dans la passoire. L'eau passe par les trous et il reste que le riz !! Hop un peu de jus de viande que Maman a gardé dans une boîte, ou du gruyère que je frotte contre la râpe et on déjeune.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Une fois je suis malade et Maman trouve que c'est pas une bonne idée de manger tous les jours du riz. Alors comme elle a fait une purée le soir elle me dit&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;J'en ai fait plus, comme ça demain vous pouvez vous la faire réchauffer, ça changera du riz.&amp;nbsp;» Ouch&amp;nbsp;! Alors là de la purée je sais pas si je saurais&amp;nbsp;! Mais elle me dit que c'est facile&amp;nbsp;: je mets la purée dans la casserole, j'ajoute un peu d'eau parce que demain elle aura un peu durci et voilà.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Le lendemain c'est l'aventure. Papa est très content de cette nouvelle expérience. Pour le gaz, fastoche c'est comme d'habitude. Je verse la purée dans la casserole. Elle a l'air un peu perdue dans le récipient mais je ne sais pas si c'est embêtant. Ah et puis oui elle est dure. Versons de l'eau. «&amp;nbsp;Un peu&amp;nbsp;» elle a dit. Donc moins que pour le riz, mais combien&amp;nbsp;? En tout cas je sais que l'eau s'évapore, donc si je mets trop peu d'eau ça ne va servir à rien, tout va s'envoler et la purée être plus dure encore. Allez hop, deux, non trois verres.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Aïe, Papa et moi on voit bien que ça ne ressemble pas à une purée vraiment. Plutôt presque de la soupe. C'est pas grave. Au bout de vingt minutes, j'arrête le gaz et je verse la purée dans la passoire, hé hé quelle maline je suis moi&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Nooooooooon&amp;nbsp;! Toute la purée est passée au travers&amp;nbsp;! Ah mais ça alors&amp;nbsp;! Mais enfin c'est pas possible, la passoire doit filtrer l'eau et laisser les trucs dedans&amp;nbsp;! Papa qui comme d'habitude m'a regardée faire assis sur le tabouret me rassure&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Bah, moi je préfère le riz, surtout le tien qui est le meilleur&amp;nbsp;! »&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Alors je fais du riz (très très bon) et le soir on explique à Maman que pas de purée.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Incroyable », elle dit. «&amp;nbsp;Et tu l'as laissée faire&amp;nbsp;? Ajouter des litres d'eau et verser le tout dans une passoire ?&lt;br /&gt;
– Ah moi j'y connais rien à la cuisine », répond Papa. Il est presque énervé. Ah, agacé je crois qu'on dit.&lt;br /&gt;
«&amp;nbsp;Mais enfin, tu voyais bien ce qui allait se passer quand même ?&lt;br /&gt;
– Ben euh... Non, ça me semblait pas mal ce qu'elle faisait.&lt;br /&gt;
– Et puis ce n'était pas des &lt;em&gt;litres&lt;/em&gt; d'eau&amp;nbsp;: seulement trois verres&amp;nbsp;! Un tout petit peu, j'en mets au moins vingt pour le riz&amp;nbsp;» (Non parce que je ne peux pas la laisser dire n'importe quoi quand même). «&amp;nbsp;Et puis Papa il préfère le riz, hein Papa ?&lt;br /&gt;
– Absolument&amp;nbsp;! Un riz exquis, inégalable !&lt;br /&gt;
– Voilà&amp;nbsp;! »&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Maman abandonne. Elle en reparlera souvent dans les jours, mois et années qui suivent. Et selon l'humeur nous y verrons là le comble du machisme jusqu'à perdre la logique élémentaire dès qu'il s'agit de cuisine ou un soutien indéfectible aux initiatives de sa fille.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Ma foi, aujourd'hui encore, le jugement final n'a pas été rendu&amp;nbsp;! ;)&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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    <title>6:1966 Vive la politique !</title>
    <link>http://www.kozlika.org/kozeries/post/2007/11/28/6%3A1966-Vive-la-politique</link>
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    <pubDate>Wed, 28 Nov 2007 18:52:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Anna Fedorovna</dc:creator>
        <category>Mes petits cailloux</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Septembre (?). Maman et Cassandre m'emmènent à une grande fête, très très grande. Il y a des baraques à frites et des baraques à pommes d'amour, et puis aussi des grandes tables où on sert du vin et où on peut s'asseoir pour déballer les pique-niques. C'est un peu comme à la Foire du Trône mais sans les manèges ni les stands. Enfin si, il y a des stands, mais avec des affiches qui ne servent pas de cibles pour les fléchettes et des objets qui ne sont pas pour le chamboule-tout (j'ai demandé).&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Il y a de la musique aussi, dans les stands, des tas de musiques différentes avec des gens qui parlent des tas de langues. Maman m'explique que ça s'appelle «&amp;nbsp;la Fête de l'Huma ».&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;«&amp;nbsp;C'est quoi luma ?&lt;br /&gt;
– C'est l'abréviation de l'Humanité.&lt;br /&gt;
– Ah oui&amp;nbsp;! &lt;a href=&quot;http://www.kozlika.org/kozeries/index.php/2005/11/27/367-le-plus-beau-metier-du-monde&quot;&gt;Le journal des croissants&lt;/a&gt; !&lt;br /&gt;
– Voilà, c'est ça.&lt;br /&gt;
– Mais on fait quoi, là ?&lt;br /&gt;
– Eh bien on fait la fête tous ensemble, ceux qui aiment bien le même journal que moi. Et on se rencontre avec ceux qui habitent dans d'autres villes ou dans d'autres pays et qui pensent pareil. On discute.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Eh ben ça alors&amp;nbsp;! Maman a des &lt;em&gt;camarades&lt;/em&gt; dans plein de pays&amp;nbsp;! Qui voyagent rien que pour la rencontrer !! Je tourne sur moi-même, aussi loin que je vois, c'est une forêt de jambes. Ça ne m'étonne pas qu'elle aie beaucoup d'amis parce qu'elle est vraiment très belle et très gentille. Mais autant, alors là même moi j'aurais pas cru&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Dis donc, tu as beaucoup d'amis&amp;nbsp;! Tu es une vedette !&lt;br /&gt;
– Non pas tout à fait des amis, des &lt;em&gt;camarades&lt;/em&gt; politiques. Ça veut dire qu'on est d'accord sur beaucoup de choses mais pas forcément qu'on aurait envie de se raconter nos petits secrets ou passer des vacances ensemble.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;C'est quand même un peu compliqué les adultes. Si on est d'accord sur beaucoup de choses, c'est bizarre de pas être d'accord sur la maison où aller en vacances&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Enfin, c'est pas grave. Je suis bien contente d'être là parce qu'il pleut. Et comme il pleut j'ai pu mettre mon nouveau ciré en vichy noir et blanc en forme qui s'agrandit en bas avec le col rond en velours noir. Et j'ai un joli parapluie transparent. Cassandre fait une photo avec son nouvel appareil. Maman ne pensait pas qu'il pleuvrait. Elle n'a pas son ciré mais elle a le foulard en plastique qui se déplie. La plupart des dames sont moches avec ça, mais pas Maman, qui est toujours magnifique. Et qui a plein d'amis. Ou de camarades comme elle dit.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Ça fait floc floc quand on marche dans la boue, c'est drôlement amusant la fête de Maman&amp;nbsp;! J'ai un cornet en papier avec des frites et une saucisse, c'est pas pratique avec le parapluie mais je me débrouille. Mes cheveux sont tout mouillés parce que je n'arrive pas trop à maintenir le parapluie au-dessus de ma tête en mangeant. Mais ça ne me gêne pas, j'ai les cheveux tout courts, je sais que ça va vite sécher, et puis d'habitude quand il pleut on rentre tout de suite et on ne marche évidement &lt;em&gt;jamais&lt;/em&gt; dans la boue pour pas salir nos chaussures, alors que là, comme Maman ne veut pas quitter ses &lt;del&gt;amis&lt;/del&gt; camarades, je peux en profiter&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;J'adore la fête de l'Huma&amp;nbsp;! J'adore la politique&amp;nbsp;! Quand je serai grande je ferai plein de politique et j'aurais autant d'amis (zut, crotte, non, de camarades) que Maman&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;A un moment, je comprends qu'il y a une dispute entre des étrangers dans un stand et des Français. Evidemment, Maman va voir (peut-être pour leur dire de ne pas gâcher sa fête ?). Il y en a un, un étranger, qui dit&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Vous n'étiez pas tous là. Certains d'entre vous ont laissé faire Vichy pendant que les camarades se battaient chez nous, ne refaites pas l'histoire&amp;nbsp;! » Alors là, ça crie vraiment. Et moi ça m'inquiète&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;«&amp;nbsp;C'est pas bien le Vichy ?&lt;br /&gt;
– Non.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Maman a l'air un peu moins gaie que tout à l'heure.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Ah. Et, c'est très très grave, le Vichy ?&lt;br /&gt;
– Oui.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Et elle dit à Cassandre&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Le pire, c'est que c'est vrai.&amp;nbsp;»&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Et alors là, moi je panique carrément&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Dis Maman, alors ton camarade il veut que je rende mon ciré au magasin&amp;nbsp;? »&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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    <title>5:1965 Lectrice</title>
    <link>http://www.kozlika.org/kozeries/post/2007/11/25/5%3A1965-Lectrice</link>
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    <pubDate>Sun, 25 Nov 2007 03:31:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Anna Fedorovna</dc:creator>
        <category>Mes petits cailloux</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Ai-je appris à lire &lt;a href=&quot;http://www.kozlika.org/kozeries/post/2006/12/23/685-1966-1965-6-5-apprendre&quot;&gt;seule ou avec mon père&lt;/a&gt;&amp;nbsp;? Ma foi, je ne m'en souviens fichtre pas. Mais je sais en revanche qu'à l'appetit curieux du plaisir qu'on semblait prendre autour de moi à telle activité s'ajoutait l'ardent désir d'atteindre la noblesse du statut de Lectrice. Aux lecteurs (lectrices en l'occurrence) on accordait le privilège d'interdiction de déranger, l'heure du repas pouvait être légèrement différée pour cause de chapitre à finir, les restrictions de budget s'arrêtaient au seuil des librairies, ou plutôt les achats s'alignaient dans la colonne du nécessaire, priorité numéro trois après manger et payer-le-loyer.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Mes premiers pas seule dans la ville furent pour aller au bibliobus puis à la bibliothèque municipale, choisir l'un de ces livres, presque toujours dotés d'une reliure épaisse tissée gris ou rouge. Le tampon de la bibliothèque figurait sur leur première page intérieure, parfois bien aligné, parfois tout de travers&amp;nbsp;; un bout de carton collé en diagonale dans le coin inférieur droit de la troisième de couverture accueillait une fiche remplie de noms avec la date de sortie et la date de retour. La bibliothécaire inscrivait le mien à leur suite et conservait la fiche dans une enveloppe à mon nom rangée dans une boîte à fiches en bois. Je prenais toujours le temps de lire tous les noms, examiner les dates, calculer combien de temps mes co-lecteurs s'en étaient repus, retrouver un nom croisé à d'autres emprunts. Plus encore qu'inaugurer la fiche d'une nouvelle acquisision, voir mon nom s'ajouter à une longue liste me remplissait de fierté&amp;nbsp;: moi aussi je suis de ce monde-là, je suis dans le clan des lecteurs.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Lire, soit. La technique est aisée, mais elle ne suffit pas à faire de vous une Noble Lectrice. La Noble Lectrice, il ne fut pas besoin de me le dire pour que je le comprenne, lit des vrais livres. La lecture de magazines, de bibliothèque rose ou verte, de romans photos, de bandes dessinées peut se révéler distrayante – quoique le plus souvent abrutissante, bêtifiante, fadaises-ante – mais n'accorde aucun statut privilégié (ne pas déranger, heure du repas, attribution de fonds discrétionnaires).&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;La pose de la première étagère à vrais livres dans ma chambre me remplit de fierté, comme le furent chacune des suivantes&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;je n'ai plus assez de place pour ranger tous mes livres », voilà qui vous donnait du lustre et du galon. Le souvenir précis de cette artabane fierté me fait aujourd'hui encore sourire quand j'entends l'accablement de tel ou telle au sujet des livres qu'on ne sait plus où mettre, d'étagères qui croulent, de planchers envahis, de couloirs où l'on se faufile entre les bibliothèques. Allons allons, accablement, vraiment&amp;nbsp;? Que ne les jetez-donnez-vendez-vous&amp;nbsp;? Ai-je tort de reconnaître en eux la petite fille qui se vante de la seule richesse honorable du peuple de gauche&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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    <title>4:1964 - Parfois les parents mentent, heureusement pas les miens</title>
    <link>http://www.kozlika.org/kozeries/post/2007/11/16/4%3A1964-Parfois-les-parents-mentent-heureusement-pas-les-miens</link>
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    <pubDate>Fri, 16 Nov 2007 09:54:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Anna Fedorovna</dc:creator>
        <category>Mes petits cailloux</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Il me faut &lt;a href=&quot;http://www.kozlika.org/kozeries/post/2006/12/23/686-1964-1963-4-3-separations&quot;&gt;revenir à Gribouille&lt;/a&gt;. C'est la perte de Gribouille qui m'a fait la première fois prendre conscience que la parole des adultes n'est pas d'or. J'ai eu la chance que cette découverte ne concerne pas mes parents (eux ils ne mentaient &lt;em&gt;jamais&lt;/em&gt;, je n'en doutais pas) et finalement ça m'a peut-être fait une préparation à la découverte ultérieure que &lt;em&gt;même eux&lt;/em&gt;&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Que des adultes mentent, c'était déjà énorme. Qu'ils mentent à un enfant me révolta plus encore&amp;nbsp;: c'est qu'on compte sur eux pour pour certifier la Vérité nous&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;En cette période qui commence à &lt;del&gt;puer&lt;/del&gt; fleurer Noël et son gros bonhomme rouge, je me demande souvent, moi qui n'ai jamais cru au Père Noël, quel effet ça fait quand on découvre que nos parents, toute notre famille, tout le monde en fait, nous ont baladés avec cette histoire à dormir debout, qu'on a été victime d'un complot d'ampleur quasi planétaire.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Je sais que pour ma sœur ça a été un drame dont à près de soixante ans elle parle encore avec une pointe de, oui je crois, une pointe de rage. Sans aller jusqu'à la rage, ma fille s'indigne que j'ai osé lui faire croire qu'elle pouvait me révéler quel cadeau elle m'avait préparé pour mon anniversaire. Elle bouillait tellement de m'en faire part tout en souhaitant que la surprise reste entière que je lui avais dit qu'il lui suffirait de souffler et passer la main sur mon front pour que le souvenir s'en efface.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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    <title>3:1963 déménager</title>
    <link>http://www.kozlika.org/kozeries/post/2007/04/24/3%3A1963-orpailleuse</link>
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    <pubDate>Tue, 24 Apr 2007 17:41:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Anna Fedorovna</dc:creator>
        <category>Mes petits cailloux</category>
        <category>mes petits cailloux (1960-2006)</category>    
    <description>    &lt;p&gt;A &lt;a href=&quot;http://www.kozlika.org/kozeries/post/2006/12/23/686-1964-1963-4-3-separations&quot;&gt;trois ans&lt;/a&gt; ou &lt;a href=&quot;http://www.kozlika.org/kozeries/post/2007/03/04/Periscope-Procrastination&quot;&gt;dans quelques semaines&lt;/a&gt;, j'aime toujours aussi peu déménager. Je l'ai pourtant fait de nombreuses fois, enfant, adolescente, dans ma vie d'adulte. Ça n'est donc pas un «&amp;nbsp;manque d'entraînement ».&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;A trois ans (quatre&amp;nbsp;? enfin quelque part par là), ce qui m'angoisse c'est le mariage avec ma fiancée de la maternelle qui risque de tomber à l'eau, ma chambre qui ne sera pas pareille que celle-ci, donc forcément moins bien, mes jouets – ma poupée Gribouille – que je ne retrouverai plus à sa place.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Le déménagement suivant s'annonçait sous de bien meilleurs auspices&amp;nbsp;: j'allais me rapprocher de mon lycée et pourrais désormais échanger trois quarts d'heure de bus+métro par dix minutes à pieds, et surtout me rapprocher de Claire et des autres copains. Mais j'ai détesté la période cartons faire et défaire, trier, ranger. Pas seulement l'aspect «&amp;nbsp;boulot », quoique précocément feignasse, mais le chambardement. Paradoxalement j'aime autant le changement que je déteste être dérangée. Evidemment c'est difficilement compatible.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Je suis je crois extrêmement casanière. Les destinations lointaines ne m'attirent pas le moins du monde&amp;nbsp;: je suis entre deux eaux pendant un jour ou deux à chaque fois que je pars en vacances, je cherche mes marques, je tourne et je vire ou je me réfugie dans une activité bien familière, le temps d'avoir plus ou moins apprivoisé mon nouvel espace.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Mais comme rien n'est simple, je suis aussi fort curieuse, surtout des gens, et jusqu'à présent aucun inconnu n'a spontanément sonné à ma porte pour faire ma connaissance, sauf par erreur ou pour me vendre des calendriers. Et moi j'aime bien les nouveaux gens, chaque batée dans la rivière du monde est l'espoir d'une nouvelle pépite, et je me fiche bien de savoir qu'il va me falloir rejeter la plupart de mes trouvailles au fil de l'eau du moment qu'une fois de temps en temps l'or brille dans mon tamis. Ça m'est arrivé souvent. Je ne crois pas être particulièrement chanceuse pourtant&amp;nbsp;; faut juste retrousser le bas de son pantalon, mettre un chapeau pour se protéger des coups de soleil et aller à la rivière en n'escomptant pas faire fortune du jour au lendemain.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Les blogs ne sont pas mon seul filon, j'étais déjà bien riche avant, mais c'est un sacré putain de gisement, au croisement d'une multitude de rivières aux flots calmes ou tumultueux. Et tout ça sans bouger de ma chaise pour les premiers sondages. (Après faut aller y voir parce qu'on ne peut pas tout décider uniquement avec les sondages, n'est-ce pas...)&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Houla, je ne sais plus du tout ce que je voulais raconter au début de ce billet. J'étais partie sur les déménagements. Le prochain que j'appréhende mais dont je suis contente. Les deux grandes terrasses. Tang. La ponction du porte-monaie plus légère. Une chambre pour chacun. Les petits traiteurs chinois pour épauler M. Picard.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Partir vendredi en week-end à Delft avec Claire. Revenir. Paris-Carnet. Faire les cartons. Deuxième tour. Déménager. Fête terrasse.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;En 1963, ma mère obtient un HLM. 2007, c'est mon tour et mes copines de maternelle ont toutes des adresses email.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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  <item>
    <title>2:1962 superstition</title>
    <link>http://www.kozlika.org/kozeries/post/2007/02/19/2%3A1962-superstition</link>
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    <pubDate>Mon, 19 Feb 2007 06:18:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Anna Fedorovna</dc:creator>
        <category>Mes petits cailloux</category>
        <category>mes petits cailloux (1960-2006)</category>    
    <description>    &lt;p&gt;En 1962, ma grand-mère maternelle meurt d'un cancer du sein. Avant de disparaître elle voudra mettre en ordre quelques affaires et &lt;a href=&quot;http://www.kozlika.org/kozeries/index.php/post/2006/12/24/687-1962-1961-2-1&quot;&gt;téléphonera&lt;/a&gt; à la femme de mon père pour lui apprendre mon existence et ouvrir involontairement ainsi une plaie qui ne se refermera jamais.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;C'était mon seul grand-parent vivant. Ma mère n'ayant ni frères ni sœurs et mon père effectuant une séparation étanche entre sa vie légitime et nous, ma famille tout entière se résume aux trois habitantes de notre petit studio.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Un cancer du sein.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;C'est la semaine «&amp;nbsp;1962&amp;nbsp;» des &lt;a href=&quot;http://ricochets.des-blogueurs.org&quot;&gt;Petits cailloux et ricochets&lt;/a&gt; que la gynécologue me prescrit une mammographie et échographie accompagnée du &lt;a href=&quot;http://www.kozlika.org/kozeries/index.php/post/2007/02/10/Desseins&quot;&gt;dessin aux trois tétons&lt;/a&gt;. Angoisse, vertige. La peur de mourir avec laquelle je bataille depuis tant d'années n'a jamais été exempte d'irrationnalité, c'est le moins qu'on puisse dire, mais pour la première fois elle se nourrit également de superstition. Je vois des signes partout. Et si mes «&amp;nbsp;petits cailloux&amp;nbsp;» amassés en novembre et décembre l'avaient été par préscience d'une mort prochaine&amp;nbsp;? Un bilan qu'on tire avant de partir&amp;nbsp;? Et si l'année 62 des ricochets était un signal&amp;nbsp;? Et si le souhait d'arrêter de fumer était un combat d'arrière-garde contre l'inéluctable&amp;nbsp;? Et ce désir soudain de «&amp;nbsp;reprendre en main&amp;nbsp;» ma santé qui m'avait conduite depuis quelques semaines à fréquenter de nouveau les cabinets médicaux, n'était-ce pas encore et toujours cette préscience&amp;nbsp;? N'est-ce pas logique que je meurre d'un cancer du sein pour ainsi boucler la boucle du sursis&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Quarante-six ans de cartésianisme et d'anti-obscurantisme se frottent à la superstition née de la peur. Je comprends de l'intérieur les mécanismes qui font plonger des gens vers les poudres de perlimpinpin, incantations, cartomanciennes et autres fantasmes du surnaturel. Puisque j'attends, puisque je ne peux rien maîtriser de l'issue de cette attente, rien entreprendre avant elle, je ne peux y associer que des éléments tout aussi peu maîtrisables.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Le retour au rationnel s'effectue à 11h10 le mercredi. L'abattement qui me saisit en apprenant que &lt;a href=&quot;http://www.kozlika.org/kozeries/index.php/post/2007/02/14/Ben-tiens&quot;&gt;le rendez-vous est le lendemain&lt;/a&gt; fait place quelques dizaines de minutes plus tard à une «&amp;nbsp;inquiétude raisonnable », non négligeable mais exempte d'angoisse. Le taux d'adrénaline, monté à son acmé pour ce jour et cette heure, pédale désormais dans le vide et la superstition reprend sa place dans la gamme des ridicules.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;D'ailleurs, le lendemain matin il faisait grand soleil. C'est pas un signe, ça&amp;nbsp;? ;)&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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    <title>1:1961 gimmicks</title>
    <link>http://www.kozlika.org/kozeries/post/2007/01/30/1%3A1961-gimmicks</link>
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    <pubDate>Tue, 30 Jan 2007 21:25:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Anna Fedorovna</dc:creator>
        <category>Mes petits cailloux</category>
        <category>mes petits cailloux (1960-2006)</category>    
    <description>    &lt;p&gt;Je n'ai évidemment aucun souvenir de mes un an, si ce n'est &lt;a href=&quot;http://www.kozlika.org/kozeries/index.php/post/2006/12/24/687-1962-1961-2-1&quot;&gt;les histoires mille fois entendues&lt;/a&gt; du berceau au pied du lit faisant tobogan vers le lit que partageaient ma mère et ma sœur et de mon extrême sagesse. Gimmicks.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;J'y cherche un sens. J'y cherche du sens. Forcément je plaque quelques prêt-à-psychologiser sauvagement, je m'interroge. Sur ces allers vers le lit familial et le retour de ma sœur dans le mien jusqu'à son mariage. J'ai eu beaucoup de mal à arriver à dormir seule ensuite. Mes angoisses nocturnes sont-elles nées là, dans cette solitude soudaine de ma chambre&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Lorsque mes enfants étaient petits je me souviens m'être posée des tas de questions à ce sujet&amp;nbsp;: devais-je les laisser venir dans notre lit lorsqu'ils faisaient un cauchemar&amp;nbsp;? Ou leur «&amp;nbsp;apprendre&amp;nbsp;» à gérer les angoisses sans le support d'un autre corps contre le leur&amp;nbsp;? Mais aussi&amp;nbsp;: mes questionnements sur mon enfance, l'influence de cette permanence nocturne devait-elle jouer un rôle dans les décisions que je prenais pour eux&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Et au bout du compte&amp;nbsp;: mais vas-tu arrêter de couper les cheveux en quatre à la fin&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Idem pour la sagesse. Ah cette enfant idéalement calme et souriante qu'on me décrivait ne cessait de m'inquiéter pour les miens. Etais-je à ce point heureuse ou avais-je déjà peur de déranger&amp;nbsp;? Et les miens, pourquoi l'un au sommeil si agité et l'autre au sommeil si paisible&amp;nbsp;? &lt;em&gt;Qu'as-tu encore collé à tes mômes ?&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Et au bout du compte&amp;nbsp;: mais vas-tu arrêter de couper les cheveux en quatre à la fin&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Comment élever nos enfants&amp;nbsp;: devons-nous nous référer à ce que nous avons connu pour éviter de reproduire ce qui nous a fait souffrir ou rejouer les mêmes formidables moments que nous vécûmes nous mêmes&amp;nbsp;? Mais n'est-ce pas encore là un dangereux risque de &lt;a href=&quot;http://www.kozlika.org/kozeries/index.php/post/2006/11/16/640-1998-38-projection&quot;&gt;projection&lt;/a&gt;&amp;nbsp;? Ce qui nous a ravi peut leur déplaire, ce qui a laissé des traces indélébiles chez nous peut leur sembler tout à fait anodin.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Hey Anna Fedorovna, vas-tu arrêter de coupe les cheveux en quatre à la fin&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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    <title>0:1960 garçon</title>
    <link>http://www.kozlika.org/kozeries/post/2007/01/24/1960%3A00-garcon</link>
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    <pubDate>Wed, 24 Jan 2007 18:53:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Anna Fedorovna</dc:creator>
        <category>Mes petits cailloux</category>
        <category>mes petits cailloux (1960-2006)</category>    
    <description>    &lt;p&gt;Mon père voulait un garçon. Ainsi ronchonna-t-il à ma naissance auprès de ma mère, qui lui rappela aimablement que ses études scientifiques jeune homme n'avaient pu le laisser dans l'ignorance 1/ de la loi des statistiques, 2/ et surtout de qui de l'homme ou la femme apportait la dose de x et de y qui décident de ce point de détail.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Il a dû rapidement se faire une raison car je n'ai jamais eu l'impression que je n'étais pas «&amp;nbsp;du bon côté&amp;nbsp;» du chromosome. En revanche, si je n'ai pas été élevée à devenir commando parachutiste, rien non plus n'a été fait ni de sa part ni de celle de ma mère pour me pousser dans les fifilleries. La mode et les mœurs n'étant pas encore à l'éducation égalitaire, j'ai été très vite classée dans la tribu des &lt;em&gt;garçons manqués&lt;/em&gt;, comptant plus de pantalons déchirés aux genoux que de traces du rouge à lèvres de maman sur mes chemisiers. Ma mère refusait le statut minorant qu'on faisait aux femmes et mon père détestait les minauderies (enfin pas toutes semble-t-il, mais du moins pour sa fille...) J'ai donc fait du judo, été priée de faire le maximum dans mes études, interdite de dentelles et de vêtements roses (&lt;a href=&quot;http://pataloustic.net/index.php/le-coin-de-gervaise&quot;&gt;j'en connais une&lt;/a&gt; que ça aurait drôlement frustrée !), entendu railler les journaux féminins de tous temps, tancée sévèrement à la moindre tentation de jouer de la larme pour obtenir quelque faveur.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;L'éducation différente du gros du lot, si elle comporte d'indéniables atouts, a toujours le revers de sa médaille&amp;nbsp;: constatant autour de moi les trousses de maquillage complètes, froufrous aux jupons, barrettes à qui mieux-mieux et exclamations d'admiration sur leur joliesse par les parents de mes copines, ne pouvant devenir sourde aux perpétuelles remarques admiratives sur la beauté de ma mère et de ma sœur, qui de surcroît se ressemblaient énormément tandis que je suis le portrait craché de mon père, valoches comprises, j'en tirai la conclusion qui s'imposait. Faute d'être jolie ou de présenter quelque compétence féminine on me poussait à développer d'autres talents.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;J'en ai parlé il y a quelque temps à ma mère, effarée de l'apprendre, la pauvre. Je ne doute pas que loin d'eux fut cette intention. Le hic c'est que les mauvais lierres de ce genre qui grandissent avec vous sont durs au désherbage.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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    <title>1960:00 Jésus et moi</title>
    <link>http://www.kozlika.org/kozeries/post/2006/12/25/1960%3A00-Jesus-et-moi</link>
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    <pubDate>Mon, 25 Dec 2006 15:07:00 +0000</pubDate>
    <dc:creator>Anna Fedorovna</dc:creator>
        <category>Mes petits cailloux</category>
        <category>mes petits cailloux (2006-1960)</category>    
    <description>    &lt;p&gt;&lt;em&gt;Ce billet est dédié à &lt;a href=&quot;http://lucioletome2.com/dotclear/index.php/&quot;&gt;Luciole&lt;/a&gt;, &lt;a href=&quot;http://sansfiltre.fgranger.com/&quot;&gt;François&lt;/a&gt; et leur petite Louise, née ce matin, à &lt;del&gt;0h50&lt;/del&gt; 2h50.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Fin décembre 1960. La maternité nous laisse enfin sortir ma mère et moi, pour que nous puissions passer Noël avec Cassandre dans le petit studio où elles viennent d'emménager. Pendant les cinq semaines de mon séjour en couveuse, «&amp;nbsp;madame Dix-Sept&amp;nbsp;» n'a pas eu le droit de sortir et périssait d'ennui à l'hôpital, sauvée un seul après-midi en raison d'une réunion de parents dans l'établissement de ma sœur à laquelle on l'autorisa à se rendre sous le haut patronnage d'une infirmière-duègne chargée de veiller à ce qu'elle ne prenne pas la fuite en abandonnant le «&amp;nbsp;bébé Dix-Sept ». Durant ces cinq semaines et malgré la crainte de l'abandon de son enfant illégitime au sort incertain par une femme de si mauvaises mœurs, on ne l'autorisa pas à me rendre visite. C'est avec la complicité d'autres mères qu'elle parvint à entrer dans la salle des couveuses la première fois au bout de deux semaines et à quelques rares reprises ensuite. C'est donc avec un réel sentiment de fête qu'elle rentre à la maison, décidée à ne pas s'alarmer à mon sujet malgré mes moins de 2,5 kg et l'annonce que les deux prochaines années seraient à surveiller de près car il était possible que l'anoxie ait endommagé mon cerveau.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Je m'appelle Anne, car Maman avait adoré Marie Déa dans «&amp;nbsp;Les Visiteurs du soir&amp;nbsp;» et que ça plaisait bien à Papa, notre visiteur du soir à nous, que je m'appelle comme sa mère Hannah.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;13 novembre 1960 après-midi. Maman et Cassandre sont au cinéma&lt;sup&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.kozlika.org/kozeries/post/2006/12/25/#pnote-674-1&quot; id=&quot;rev-pnote-674-1&quot;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/sup&gt; lorsque Maman ressent les premières contractions. Elle envoie ma sœur chez Mamie Louise et fonce à l'hôpital. Vingt-huit semaines ça fait beaucoup trop court, même si une naissance avant terme était prévue en raison d'un fibrome squatteur. On lui administre aussitôt des médicaments destinés à stopper le travail. Las, rien n'y fait. L'équipe médicale décide de procéder dans l'urgence à une césarienne et la machine se met en branle jusqu'au badigeonnage du ventre de la parturiente, totalement groggy par les médicaments. C'est à ce moment qu'on se rend compte que je suis engagée sur la voie naturelle et qu'il faut abandonner le projet du scalpel.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Maman est donc enjointe à renoncer à son apathie et à &lt;em&gt;poussez, madame&amp;nbsp;! mais enfin poussez&amp;nbsp;! ne vous endormez pas !&lt;/em&gt;. On lui annonce une souffrance fœtale, on la somme d'y mettre du sien «&amp;nbsp;si vous voulez avoir une chance qu'il soit vivant ». L'adrénaline déclenchée par cet avertissement et les spatules réussiront à me faire mettre le nez dehors vers 20h30.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;L'autre jour, tandis que xave et moi parlions de ma peur de la mort. Il disait que pour sa part l'avoir vue &lt;a href=&quot;http://xave.org/2005/02/16/511-carpe-diem-a-la-saint-valentin&quot;&gt;de si près&lt;/a&gt; lui faisait considérer la vie tout autrement depuis. Le fameux carpe diem&amp;nbsp;: profite du jour présent parce que tu ne peux compter sur demain. Je lui rétorquai en riant en évoquant ma naissance que pour ma part je pense qu'on n'a qu'une seule deuxième (et donc seconde, les esthètes de la langue française apprécieront) chance et que j'avais déjà «&amp;nbsp;dépensé&amp;nbsp;» la mienne, trop tôt pour en tirer si riche enseignement. Comme il me demandait si c'était une blague ou si je le pensais réellement, je me suis rendue compte à ma propre grande stupéfaction que je ne plaisantais qu'à moitié.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Lorsque je suis née, je pesais royalement 2,120 kg, j'avais le cordon ombilical doublement entouré autour du cou, les voies respiratoires obstruées&amp;nbsp;; au bout de quatre minutes sans crier on me jugea morte. Une puéricultrice tenta toutefois une opération de la dernière chance tandis que vers la table d'accouchement on déclenchait le branle-bas de combat car ma mère faisait une hémorragie.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;http://www.kozlika.org/kozeries/public/images/Y2007/saint-carnet.png&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://www.kozlika.org/kozeries/public/images/Y2007/.saint-carnet_sq.jpg&quot; alt=&quot;Le carnet de santé&quot; style=&quot;float:left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;&lt;/a&gt; Voyez-vous, Jésus et moi avons un point commun. Tous les deux avons été donnés pour morts et avons réssuscité. Sauf que pour lui on n'a pas de preuve, &lt;a href=&quot;http://www.kozlika.org/kozeries/public/images/Y2007/saint-carnet.png&quot;&gt;tandis que pour moi, si&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&quot;footnotes&quot;&gt;&lt;h4&gt;Notes&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.kozlika.org/kozeries/post/2006/12/25/#rev-pnote-674-1&quot; id=&quot;pnote-674-1&quot;&gt;1&lt;/a&gt;] Je ne sais pas quel film elles étaient allées voir. En attendant que je le leur demande, on n'a qu'à dire que c'était &lt;em&gt;Zazie dans le métro&lt;/em&gt;, sorti quelques jours auparavant, parce que &lt;a href=&quot;http://www.kozlika.org/kozeries/index.php/post/2005/08/05/293-papa-dans-le-metro&quot;&gt;ça me plairait bien&lt;/a&gt; !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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    <title>1962-1961:2-1 passages</title>
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    <pubDate>Sun, 24 Dec 2006 12:49:00 +0000</pubDate>
    <dc:creator>Anna Fedorovna</dc:creator>
        <category>Mes petits cailloux</category>
        <category>mes petits cailloux (2006-1960)</category>    
    <description>    &lt;p&gt;&lt;em&gt;Elles disent.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Au début, avant Massy-Palaiseau, où nous ne sommes restées que quelques mois, on a habité toutes les trois dans un tout petit studio dans le 13e. Ton berceau était au bout du lit où nous dormions toutes les deux. Le matin quand tu te réveillais et que tu as été assez grande pour le faire, tu passais de ton lit au nôtre. Tu étais très sage, tu as fait tes nuits en rentrant de la maternité, ne pleurant quasiment jamais. Par contre tu nous inquiétais, tu n'as commencé à parler qu'après deux ans bien tassés. Pas le moindre mot d'enfant auparavant, pas même «&amp;nbsp;papa&amp;nbsp;» ou «&amp;nbsp;maman ». (Cassandre dit&amp;nbsp;: si si, souviens-toi elle a dit un mot un seul jusqu'à deux ans «&amp;nbsp;ca-handre », mon prénom.) La directrice de la crèche se faisait du souci aussi à ce sujet. Un jour elle nous a donné le numéro de téléphone d'un spécialiste. Tu as commencé à parler le lendemain ou le surlendemain. Incroyable.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;em&gt;Je me souviens.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;De la crèche. Faux souvenir. Mon deuxième lycée en était tout proche et nous sommes revenues habiter quelque temps dans le treizième arrondissement quand j'avais entre 14 et 18 ans. J'y suis revenue depuis 2002. J'habite pratiquement en face. A l'époque du lycée, j'y suis allée, la directrice était la même, elle se souvenait de moi à cause de cette inquiétude qu'elle avait partagée. Il m'a semblé que je reconnaissais les lieux mais j'avais tellement envie de les reconnaître que je ne sais pas si c'est vrai.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Je me souviens que le passage d'un lit à l'autre s'est fait dans l'autre sens pendant des années avec ma sœur jusqu'à son mariage. Dès que notre mère était couchée elle venait me rejoindre dans mon lit-bateau et tâchait de se réveiller avant Maman pour retourner dans sa chambre. Quand elle est partie, j'ai eu beaucoup de mal à m'habituer à dormir seule.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;1988, Maman m'aide à envoyer les faire-part de naissance de mon aîné. Elle dit&amp;nbsp;: En 1962, ta grand-mère Louise était à l'hôpital, elle savait qu'elle allait mourir, un cancer. De l'hôpital elle a téléphoné à la femme de ton père. C'est elle qui lui a appris ton existence. Alors Aïda a voulu te rencontrer. J'ai dit&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Pas sans moi.&amp;nbsp;» Alors ça ne s'est pas fait. Vers 1974-1975, avec Claire,&lt;sup&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.kozlika.org/kozeries/post/2006/12/24/#pnote-672-1&quot; id=&quot;rev-pnote-672-1&quot;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/sup&gt; on nous avait demandé de faire des interview dans la rue pour un exposé. Alors on a eu l'idée de choisir comme thème la fidélité et d'aller interwiever «&amp;nbsp;par hasard&amp;nbsp;» la femme de mon père qui tenait une boutique d'accessoires de mode, je savais où. Je n'ai jamais osé ni même jamais osé non plus me poster à un coin de rue pour la voir sortir et connaître son visage. Je ne sais pas à quoi elle ressemblait.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&quot;footnotes&quot;&gt;&lt;h4&gt;Notes&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.kozlika.org/kozeries/post/2006/12/24/#rev-pnote-672-1&quot; id=&quot;pnote-672-1&quot;&gt;1&lt;/a&gt;] Claire, c'était bien avec toi ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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      </item>
    
  <item>
    <title>1964-1963:4-3 séparations</title>
    <link>http://www.kozlika.org/kozeries/post/2006/12/23/686-1964-1963-4-3-separations</link>
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    <pubDate>Sat, 23 Dec 2006 23:13:17 +0000</pubDate>
    <dc:creator>Anna Fedorovna</dc:creator>
        <category>Mes petits cailloux</category>
        <category>mes petits cailloux (2006-1960)</category>    
    <description>    &lt;p&gt;&lt;em&gt;Gribouille.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Un de ces deux Noëls-là, ou pour mon anniversaire, j'ai reçu l'une de mes rares poupées. Celle-ci était en tout point parfaite&amp;nbsp;: le corps mou recouvert de tissu blanc, les membres en plastique un peu caoutchouteux, des cheveux courts et bouclés un peu rêches. Je ne me souviens plus à quoi je jouais avec elle mais je sais que je l'emportais partout avec moi. Quelques années plus tard, dans le village de l'Yonne où Maman louait une maison, j'allais jouer avec une autre petite Parisienne en vacances de mon âge. Elle m'emprunta ma poupée et ne voulut pas me la rendre. Je finis par en parler à ma mère qui vint avec moi la réclamer. «&amp;nbsp;Ma fille a toujours eu cette poupée », répliqua sans vergogne l'autre mère à la demande de restitution. Je garde en mémoire une stupéfaction intense, l'assurance de cette femme me fit douter même des mille indices de taches, coups de crayon et autres tonsures dont j'avais décoré ma poupée au fil des ans. Les adultes ne sont pas censés mentir ni être malhonnêtes. Maman finit par laisser tomber mais me certifia croix de bois croix de fer que je ne perdais pas la tête. Cette poupée était la mienne et ces gens trop cons. Ma poupée s'appelait Gribouille, je trouvais que c'était un joli nom.&lt;/p&gt;



&lt;p&gt;&lt;em&gt;Déménagement.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Par là aussi, ma mère se voit attribué un logement à Ivry et nous quittons Massy-Palaiseau, mon école maternelle et surtout ma copine (dont j'ai oublié le nom). Je suis triste car on avait prévu de se marier plus tard pour élever nos enfants ensemble. Elle aussi vit seule avec sa mère, son père est mort. Je trouve que c'est pas mal aussi un papa mort, il ne part jamais. Le nouvel appartement est plus grand que l'ancien. Il est tout en haut de l'immeuble E5. Il y a plein d'immeubles, on appelle ça une &lt;em&gt;cité&lt;/em&gt;. Le président-de-gaulle de la cité c'est la gardienne, elle sait tout. Elle s'appelle Mme Lachèvre. Maman l'appelle par son prénom&amp;nbsp;: Camarade. Moi j'ose pas.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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    <title>1966-1965:6-5 apprendre</title>
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    <pubDate>Sat, 23 Dec 2006 10:26:55 +0000</pubDate>
    <dc:creator>Anna Fedorovna</dc:creator>
        <category>Mes petits cailloux</category>
        <category>mes petits cailloux (2006-1960)</category>    
    <description>    &lt;p&gt;&lt;em&gt;Elles disent.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Quand tu avais vers les 4-5 ans, on allait presque tous les week-ends dans la maison de l'Yonne. Pour t'occuper pendant le trajet on t'avait appris à reconnaître le mot &quot;Paris&quot; et on t'avait confié la mission de nous avertir dès que tu voyais un panneau indicateur. Parfois tu signalais une autre ville mais on pensait que c'était de mémoire, comme on pensait que la lecture que tu faisais de tes livres était de la récitation. A l'entrée en CP, ton instit s'est rendue compte que tu savais lire couramment et compter alors la directrice a décidé de te faire sauter une classe. Ton père t'avait sûrement appris à lire en cachette.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;em&gt;Je me souviens.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;De &quot;Noriko, la petite Japonaise&quot; et &quot;Aslak, le petit Lapon&quot;, surtout de Noriko, mon préféré, avec sa belle couverture rouge et sa calligraphie en simili-japonais. C'étaient des livres-photos de Dominique Darbois de chez Nathan. Je ne me souviens plus comment ils ont disparu de ma bibliothèque. Probablement ont-ils été égarés lors d'un déménagement car je suis certaine que je ne m'en serais pas séparée volontairement. J'aimais beaucoup les livres-photos, j'ai lu et relu cent fois &lt;em&gt;Crin-Blanc&lt;/em&gt; aussi, je n'avais par contre pas trop aimé le film.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Je ne me souviens pas avoir appris à lire, ni avec mon père ni toute seule.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Je me souviens de la première récréation juste après qu'on m'ait transférée en CE1. Des élèves de ma classe m'ont demandé quel âge j'avais. Cinq ans trois quarts, j'ai dit. Bouhou&amp;nbsp;! (ils étaient pliés de rire) ça existe pas ça&amp;nbsp;! J'ai essayé de leur expliquer mais ils m'ont dit que j'étais un bébé, que je ne savais même pas mon âge. Après on a parlé du père Noël, je ne sais plus pourquoi, et quand j'ai dit qu'il n'existait pas j'ai vu que je risquais gros, alors j'ai battu en retraite&amp;nbsp;: il ne passe pas chez moi, ce sont mes parents qui me font des cadeaux. Ils étaient désolés pour moi, je l'étais pour eux&amp;nbsp;: leurs parents les prenaient pour des imbéciles. Je me suis fait plein de copains quand même, mais on n'a plus parlé ni des quarts ni du père Noël.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Je me souviens des quarts et des pommes dauphine.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Tous les samedis midi ou presque, le seul repas qu'on prenait parfois avec Papa, Maman faisait des pommes dauphine parce que j'adorais ça. Papa aussi disait qu'il adorait et qu'il fallait partager équitablement. Evidemment le compte n'était jamais rond. Alors Papa coupait la pomme dauphine en quatre (bizarrement le reste était toujours à un, je me demande s'il en bouffait une en lousdé quand le reste était à deux). Puis il distribuait un morceau (&lt;em&gt;un quart&lt;/em&gt;) à chacun d'entre nous. Après il faisait mine d'une intense réflexion pour savoir à qui distribuer l'autre quart. Je devais fournir des arguments pour le gagner, et pas toujours le même. J'étais acharnée. Ah tiens, disait-il quand enfin le morceau tant convoité arrivait dans mon assiette (mais pas toujours, pffffffff), ça te fait une moitié du coup. Une demie, quoi&amp;nbsp;; un quart et un autre quart ça fait donc un demi, bigre, voilà qui est intéressant.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Les problèmes de robinet sont nés le samedi midi aussi, quand Papa prenait mes mains dans les siennes pour les laver. Pouah, qu'elle est sale cette eau, heureusement que l'eau part plus vite qu'elle n'arrive sinon on marinerait dans la crasse. Tiens, combien de temps ça mettrait pour remplir le lavabo&amp;nbsp;? Compte les secondes&amp;nbsp;! Ah, et si on ouvrait un peu la bonde, ou s'il y avait un trou dans le lavabo, ou les deux&amp;nbsp;? Etc.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Souvent le dimanche matin je réveillais maman pour qu'elle me donne des problèmes à résoudre. Robinets ou trains de préférence. Je pense qu'elle a-do-rait me voir débarquer avec mon cahier de brouillon à six ou sept heures du mat'&amp;nbsp;! Mais on savait toutes les deux que Papa serait drôlement content quand on lui montrerait le cahier le lendemain, alors elle se redressait dans ses oreillers avec tout plein de dentelles au bord, elle me faisait une petite place dans son lit tout chaud et on &lt;em&gt;travaillait&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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    <title>1967:7 euh...</title>
    <link>http://www.kozlika.org/kozeries/post/2006/12/21/684-1967-7-euh</link>
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    <pubDate>Thu, 21 Dec 2006 15:02:13 +0000</pubDate>
    <dc:creator>Anna Fedorovna</dc:creator>
        <category>Mes petits cailloux</category>
        <category>mes petits cailloux (2006-1960)</category>    
    <description>    &lt;p&gt;Rien, que dalle, une demi-heure devant l'espace d'édition du billet sans que rien ne me vienne à l'esprit. On pourrait dire que c'est l'année du twist, nan&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Cassandre écoute «&amp;nbsp;Salut les copains » l'oreille vissée à sa petite radio et elle m'apprend à danser le twist et le madison. Il n'y a qu'avec moi qu'elle danse parce qu'elle est timide. Moi ça m'arrange, comme elle a peur que des garçons veuillent l'embrasser sur la bouche elle m'emmène toujours dans ses surprises parties en disant que Maman lui a demandé de me garder («&amp;nbsp;quelle plaie de traîner la gamine&amp;nbsp;! », qu'elle fait avec un grand clin d'œil pour moi discretos&lt;sup&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.kozlika.org/kozeries/post/2006/12/21/#pnote-684-1&quot; id=&quot;rev-pnote-684-1&quot;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/sup&gt;), et moi je danse et je danse, twist, madison, rock'n roll. Je chante Sylvie Vartan et Françoise Hardy. Je ne danse pas le rock parce que les garçons n'en ont rien à fiche d'une gamine de six ans mais je regarde bien et on le refait avec ma sœur à la maison.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&quot;footnotes&quot;&gt;&lt;h4&gt;Notes&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.kozlika.org/kozeries/post/2006/12/21/#rev-pnote-684-1&quot; id=&quot;pnote-684-1&quot;&gt;1&lt;/a&gt;] Wé, j'ai commencé très jeune ma carrière de garde du corps de ma frangine, avec ou sans Simca 1000.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
</description>
    
    
    
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    <title>1968:8 nous sommes tous des dissous en jouissance</title>
    <link>http://www.kozlika.org/kozeries/post/2006/12/20/683-1968-8-nous-sommes-tous-des-dissous-en-jouissance</link>
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    <pubDate>Wed, 20 Dec 2006 22:22:35 +0000</pubDate>
    <dc:creator>Anna Fedorovna</dc:creator>
        <category>Mes petits cailloux</category>
        <category>mes petits cailloux (2006-1960)</category>    
    <description>    &lt;p&gt;(&lt;em&gt;Ce billet est spécialement dédié à &lt;a href=&quot;http://laboiteaimages.hautetfort.com/&quot;&gt;m'sieur Ka&lt;/a&gt;, parce que &lt;a href=&quot;http://www.ricochet-jeunes.org/parudet.asp?livrid=5675&quot;&gt;ce n'était pas la fête pour tout le monde&lt;/a&gt; et que vous &lt;strong&gt;devez&lt;/strong&gt; offrir/vous offrir ce livre.&lt;/em&gt;)&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Mai 1968. MÉHEU !!! Maman et Cassandre vont à une manif et elles n'ont pas voulu m'emmener, elles disent que je suis trop petite et que ça risque d'y avoir de la bagarre. Alors on m'envoie dormir chez la grand-tante Lulu, beurk et re-beurk et un milliard de fois beurk&amp;nbsp;! Elle est, je sais pas comment dire&amp;nbsp;: moisie. Voilà&amp;nbsp;: moisie de la tête aux pieds. C'est pas qu'elle est pas gentille mais chez elle ça respire pas. Ce que j'aime bien c'est qu'elle a la télé parce qu'à la maison on n'en a pas et il y a &lt;em&gt;&lt;a href=&quot;http://www.coucoucircus.org/series/generique.php?id=385&quot;&gt;Histoires sans paroles&lt;/a&gt;&lt;/em&gt; le dimanche. Et puis j'aime bien son pot avec le jardin japonais&amp;nbsp;: des petits personnages et plantes en plastique qu'on plante dans du sable. Elle me laisse parfois y jouer. Mais le truc qui ne me plaît pas du tout c'est qu'il va falloir dormir &lt;em&gt;avec elle&lt;/em&gt; dans son lit&amp;nbsp;! Beurk et beurk et rebeurk&amp;nbsp;! J'étais d'accord pour rester toute seule à la maison mais Maman ne veut pas, pfffffff.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;La semaine dernière on est allées voir Cassandre à la Sorbonne. Elle dort là-bas avec ses copains. C'est comme une colo mais sans monos, ils ont des réchauds à gaz comme au camping et se font à manger et du café. Quand on est arrivées Maman a demandé si quelqu'un savait où on pouvait trouver Cassandre M***, étudiante en histoire. Alors le garçon à qui on avait demandé ça s'est tourné vers un autre avec un foulard autour du bras et lui a dit «&amp;nbsp;Dom, elle est où, Cassandre&amp;nbsp;? Il y a sa mère qui la cherche. » Le garçon a levé la tête, il était en train de faire une affiche, et il a bougonné «&amp;nbsp;J'en sais rien moi, je ne l'ai pas dans ma poche&amp;nbsp;! » Et tous ses copains l'ont regardé en rigolant. (Quand on est rentrées, Maman m'avait dit qu'elle était &lt;em&gt;sûre&lt;/em&gt; qu'il y avait anguille sous roche, et après quand elle est rentrée et que Maman lui a demandé Cassandre a dit que oui hi hi !)&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Des fois, au milieu de la nuit, Cassandre téléphone d'une cabine pas cassée pour dire qu'elle est coincée par les CRS et qu'il faut que Maman vienne la chercher. Alors nous on prend la Simca 1000 et je me couche derrière avec une couverture et quand les policiers veulent nous empêcher de passer je dis «&amp;nbsp;Maman on est bientôt chez le docteur&amp;nbsp;? J'ai maaaaaaal&amp;nbsp;! » Maman me dit de pas en faire trop mais c'est dommage j'ai plein d'autres idées pour sauver Cassandre, moi&amp;nbsp;! Enfin tant pis.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Il faut aller chercher de l'essence aussi des fois, alors là ça prend des heures. Déjà il faut faire la queue devant la station, mais c'est surtout Maman qui nous ralentit. Dès qu'elle voit qu'il y a un groupe qui discute sur un trottoir, paf, elle se gare n'importe comment et on y va. Et alors là elle se laisse pas faire, Maman, s'il y en a qui disent du mal de Cassandre et ses copains elle lâche pas le morceau, jusqu'à ce que ce soit l'autre qui abandonne. Elle se laisse pas faire Maman et après elle a les joues toutes rouges, j'aime bien, on s'amuse bien en ce moment.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Mais dormir chez Tante Lulu, alors là&amp;nbsp;: BEURK&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;PS&amp;nbsp;: pour les nostalgiques, la célébrissime &lt;a href=&quot;http://classes.bnf.fr/portrait/grande/phn6.htm&quot;&gt;photo de Gilles Caron&lt;/a&gt; et plus d'une centaine de photos de &lt;a href=&quot;http://dhost.info/photocanon/mai1968/index.htm?size=1&amp;amp;exif=&amp;amp;page=all&quot;&gt;Michel Baron&lt;/a&gt;. Le titre de ce billet est un détournement d'une chanson de Dominique Grange, &lt;a href=&quot;http://www.chambre-claire.com/PAROLES/la-pegre.htm&quot;&gt;La Pègre&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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    <title>1969:9 Cassandre et les siens</title>
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    <pubDate>Wed, 20 Dec 2006 09:41:52 +0000</pubDate>
    <dc:creator>Anna Fedorovna</dc:creator>
        <category>Mes petits cailloux</category>
        <category>mes petits cailloux (2006-1960)</category>    
    <description>    &lt;p&gt;Février, Cassandre se marie avec Dom. J'ai une robe exactement pareille qu'elle sauf la couleur. Moi c'est blanc, elle c'est vert pâle. Elles sont en crêpe, courtes, en forme de trapèze et la rangée de boutons pression sur le côté et le col russe sont recouverts de galon brodé doré. Ma soeur est très très très belle, je suis contente qu'elle se marie parce que tous leurs copains sont là et ils aiment bien jouer avec moi, et parce que Dom est presque aussi bien que Papa. Si Cassandre meurt avant moi, peut-être qu'il voudra m'épouser&amp;nbsp;? Je dis ça à Cassandre et Maman pour leur demander leur avis, Cassandre dit que c'est un beau transe faire deux dip (?). Je ne sais pas ce que c'est mais ça doit être bien ce que j'ai dit, parce que ça plaît bien à Cassandre. Elle demande&amp;nbsp;: et pas avec ton père&amp;nbsp;? Ah ben non, il est trop vieux&amp;nbsp;! (Déjà que tout le monde le prend pour mon grand-père à l'école...)&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;4 novembre, vers midi. Je rentre de l'école, on est samedi. &lt;a href=&quot;http://www.kozlika.org/kozeries/index.php/2005/11/27/367-le-plus-beau-metier-du-monde&quot;&gt;Mme Lachèvre&lt;/a&gt; est sur le pas de sa loge au bâtiment E2 en train de houspiller des enfants qui ne veulent pas laisser monter un autre sur le tourniquet&amp;nbsp;: &quot;Laissez-lui une place, on n'est pas des capitalisses tout de même !&quot;. Du bout de l'allée je vois Maman au balcon qui me fait des grands signes avec ses bras&amp;nbsp;; dès que j'arrive à portée de voix, elle crie joyeusement&amp;nbsp;: &quot;C'est un garçon !!&quot; Hourraaaaa&amp;nbsp;! Que je suis contente (mais j'aurais bien aimé que ça tombe le 13 comme moi quand même). Mme Lachèvre oublie qu'elle est fâchée avec Maman et que Cassandre est une petite-bourgeoise et me dit de féliciter toute la famille. &quot;Tu sais déjà comment il s'appelle&amp;nbsp;? - Oui, ils ont dit que si c'était un garçon il s'appelerait Ivan, avec un I comme en russe. - Bon, ça va&quot;, elle dit. Je suis rassurée que ça lui plaise, ça aurait fait de la peine à Cassandre s'il avait fallu qu'on le change de nom.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;J'ai un neveu, ouaiiiiiiiiiiiiis&amp;nbsp;! Je ne suis plus la plus petite de ma famille, ça aussi c'est chouette. J'aurais bien aimé qu'il m'appelle Tatie ou Tantine mais vu qu'il va appeler ses parents par leur prénom et aussi pour les grands-parents, je pense qu'il m'appelera Anne. Je vais bien m'en occuper, super super bien.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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    <title>1970:10 au lycée</title>
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    <pubDate>Tue, 19 Dec 2006 10:18:41 +0000</pubDate>
    <dc:creator>Anna Fedorovna</dc:creator>
        <category>Mes petits cailloux</category>
        <category>mes petits cailloux (2006-1960)</category>    
    <description>    &lt;p&gt;Entrée en sixième. Cette fois je ne fais pas la même bêtise qu'à mon entrée en primaire. Quand on me demande mon âge je ne dis pas &lt;em&gt;neuf ans trois quarts&lt;/em&gt; mais &lt;em&gt;dix ans&lt;/em&gt;. Pas envie de me faire encore casser la figure.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Papa a dit&amp;nbsp;: pour la primaire passe encore mais pour le lycée elle n'ira pas ici, on va la mettre à Paris. Il dit que je serai la première femme à entrer à Polytechnique, juste pour faire enrager les types qui pensent que les femmes peuvent pas être scientifiques. Il dit&amp;nbsp;: et après tu feras chanteuse de cabaret si tu veux. Alors je dis non, bof pour Polytechnique, je veux être volcanologue. Il dit bon d'accord, d'abord Polytechnique, puis chanteuse de cabaret un an ou deux et après volcanologue, Haroun Tazieff va se jeter à tes pieds pour que tu entres dans son équipe. On rigole bien.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Il faut prendre le bus. Il passe pas loin de la cité et me dépose devant le lycée, ça va, j'ai l'habitude c'est juste en face de l'institut dentaire où j'allais l'année dernière. Brrrrrrr les fauteuils tous alignés en deux rangées en quinconce de chaque côté d'une allée centrale, les préparatrices qui menaçaient du &lt;em&gt;cabinet noir au fond&lt;/em&gt; aux enfants qui pleuraient, le bruit des roulettes... En face c'est quand même plus sympa&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Il faut mettre une blouse. Deux semaines une bleu ciel, deux semaines une beige, avec le nom et la classe brodés au point de chaînette à gauche. Au point de chaînette, impérativement. Les garçons aussi doivent changer de blouse tous les quinze jours mais comme ils n'ont qu'une couleur - le bleu marine et le nom au point de tige - ça ne se voit pas s'ils ont oublié. C'est pas juste.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Il y a vraiment beaucoup d'élèves dans ce lycée. Avec aussi des très grands qui font &quot;cogne&quot; et &quot;hippo(potame) cogne&quot;. Je crois que c'est parce qu'ils ont plein de devoirs à &lt;em&gt;se cogner&lt;/em&gt; mais je ne sais pas comment s'appelle leur classe en vrai.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Quand j'ai mon manteau et qu'on ne voit pas la blouse, souvent les adultes m'abordent&amp;nbsp;: &quot;bonjour ma chérie, tu cherches ta maman ou ton papa&amp;nbsp;? tu veux que je t'aide à le/la retrouver ?&quot; J'aime pas trop ça surtout qu'après ils sont tout de suite moins ma-chérie quand ils apprennent que je suis une élève. J'y peux rien si j'ai une taille de microbe.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Ma prof de français est gé-niale&amp;nbsp;! On joue au jeu de massacre en rayant dans un livre (ouiiiiiiiii en vrai dans un vrai livre) tous les passages qu'on trouve inutiles. Après on s'est rendus compte qu'on en avait besoin pour l'ambiance alors on a joué à &quot;réhabilitons les mots&quot;.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;On a des cours de cuisine et de couture. Je voulais faire aéromodélisme mais c'est que pour les garçons. Mais quand même les fruits déguisés à la pâte d'amande c'était rigolo à faire.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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    <title>1971:11 matronyme</title>
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    <pubDate>Mon, 18 Dec 2006 16:43:13 +0000</pubDate>
    <dc:creator>Anna Fedorovna</dc:creator>
        <category>Mes petits cailloux</category>
        <category>mes petits cailloux (2006-1960)</category>    
    <description>    &lt;p&gt;En toute fin d'année.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Bonsoir, mademoiselle C*** !&lt;br /&gt;
– Bonsoir maman&amp;nbsp;! »&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Hi hi, Maman a l'air de bonne humeur ce soir.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Je répète&amp;nbsp;: bonsoir mademoiselle C*** !&lt;br /&gt;
–&amp;nbsp;? ? ?&lt;br /&gt;
– Tsssssst, tu ne m'écoutes pas. Note bien que je n'ai pas dit &quot;mademoiselle &lt;em&gt;dite&lt;/em&gt; C***&quot;...&lt;br /&gt;
– Aaaaaaaah&amp;nbsp;! Alors ça y est&amp;nbsp;? J'ai un vrai nom de famille ?&lt;br /&gt;
– Oui, presque. Ça a été voté, il n'y a plus qu'à attendre que ça soit appliqué&amp;nbsp;! »&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Ah chouette alors. Comme Maman était en instance de divorce elle n'a pas pu me reconnaître quand je suis née, sinon j'aurais porté le nom de son ex-mari. Mais Maman a appris que maintenant les femmes allaient pouvoir reconnaître leurs enfants hors mariage. D'un côté ça m'aurait un peu plu de porter le même nom que Cassandre, mais pas trop celui de son père. Puis d'ailleurs depuis que Cassandre est mariée elle porte le nom de son mari alors...&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Ah mais non, je ne vais pas m'appeler C***, je vais m'appeler B*** en fait, comme Papa&amp;nbsp;! Vous allez vous marier. » J'avais toujours pensé que Maman et Papa ne se mariaient pas en attendant que Maman puisse me reconnaître sans son ancien mari, pour que je ne sois pas reconnue que par Papa&amp;nbsp;; ça serait pas juste que lui aie le droit et pas elle. Et puis le «&amp;nbsp;dite » on ne l'employait que pour les papiers officiels&amp;nbsp;; au lycée par exemple personne ne l'utilisait.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Maman dit que non, ils ne vont pas se marier, ça sert à rien. Et comme je vis avec elle c'est beaucoup plus simple pour les papiers qu'on porte le même nom toutes les deux. Ah. Je ne veux pas faire de la peine à Maman alors je ne dis pas que j'avais tout prévu pour quand ce jour arriverait. Pas le mariage, même si ça aurait été une vraiment belle fête, mais le nom. Je l'aurais porté à la russe&amp;nbsp;: Anna Fedorovna B***, ça ferait super élégant, comme dans les romans&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Vous irez quand faire les papiers&amp;nbsp;? » Maman répond qu'elle ira dès que le &lt;em&gt;décret&lt;/em&gt; sera passé. Qu'elle ira à la première heure du premier jour où elle en aura le droit. Et c'est ce qu'elle a fait. Entre-temps &lt;a href=&quot;http://www.kozlika.org/kozeries/index.php/2006/12/15/678-1972-12-maudit-caprice&quot;&gt;des cris dans la cage d'escalier&lt;/a&gt; m'auront appris pourquoi mes parents ne s'étaient pas mariés ni ne se marieraient jamais.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Mais jamais mon père ne m'a reconnue ni à cette époque ni plus tard lorsque adulte je lui ai demandé explicitement de le faire. «&amp;nbsp;Les papiers on s'en fout », disait-il. Sûrement pas tant que ça puisque malgré mon insistance ça ne s'est jamais fait. J'en suis arrivée à la conclusion (puisque aucun enjeu matériel ne pouvait entrer en ligne de compte pour l'héritage de ce poches-percées qu'il était) que c'était pour ne pas en rajouter à la &lt;a href=&quot;http://www.kozlika.org/kozeries/index.php/2006/11/17/642-1997-37&quot;&gt;douleur d'une autre&lt;/a&gt;. Au moins est-elle la seule à porter ce nom.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Je me suis plus ou moins faite à cette idée, me suis plus ou moins nourrie d'un presque-nom grâce à mon pseudonyme ou l'intitulé de &lt;acronym title=&quot;kozlika_fedorovna at yahoo.fr...&quot;&gt;telle boîte mail&lt;/acronym&gt;. Mais parfois &lt;a href=&quot;http://www.kozlika.org/kozeries/index.php/2005/01/04/137-tombee-au-champ-du-formulaire&quot;&gt;j'avale un peu de travers&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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    <title>1972:12 maudit caprice</title>
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    <pubDate>Fri, 15 Dec 2006 18:44:32 +0000</pubDate>
    <dc:creator>Anna Fedorovna</dc:creator>
        <category>Mes petits cailloux</category>
        <category>mes petits cailloux (2006-1960)</category>    
    <description>    &lt;p&gt;Hiver 71-72 (février peut-être bien). Avoir un papa héros c'est formidable mais des fois j'aimerais qu'il soit un homme ordinaire. Papa ne vit pas avec nous parce qu'il a un ami, un très bon ami, son ami d'enfance, dont la femme est très très malade depuis des années et des années. Elle a des migraines constantes, qui la rendent quasi impotente et il faut la veiller nuit et jour pour la soulager si elle a besoin. Papa la veille toutes les nuits. C'est pour ça qu'il ne peut pas rester à la maison le soir.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Je ne suis pas idiote, je viens d'avoir onze ans, alors bien sûr j'ai pensé que de temps en temps Boris pourrait veiller sa femme la nuit même si déjà il la veille le jour, en prennant des vacances de son travail de nuit par exemple. Ou alors ils pourraient prendre une infirmière. J'ai pensé ça et je m'en suis voulue de mon égoïsme. Si j'étais malade je n'aimerais pas qu'une étrangère s'occupe de moi, je préférerais que ce soit ma famille ou mes amis d'enfance bien sûr. Et le pauvre Boris il faut bien qu'il dorme lui aussi de temps en temps, c'est pas comme Papa qui est si fort qu'une heure ou deux sur le fauteuil près du lit ça lui suffit.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Mais j'ai onze ans et je suis intelligente, donc je me dis que si seulement juste une fois de temps en temps ils pouvaient trouver une solution pour une nuit, pas grand-chose, disons une nuit par an, j'aimerais tant que Papa dîne avec nous et aussi qu'il dorme à la maison et qu'il soit là le matin quand je me lève. Je me demande à quoi ressemble Papa en pyjama. Je ne l'ai jamais vu qu'en costume ou des fois l'été avec un polo et une jolie veste. Il ne doit pas en mettre, des pyjamas, jamais. On ne veille pas une malade en pyjama&amp;nbsp;: imaginons qu'il faille courir à la pharmacie chercher un médicament, ou filer à l'hôpital&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Quand Boris et sa femme prennent des vacances, Papa part avec eux, dans un petit village de l'Yonne. Maman a loué une maison pas très loin à dix kilomètres pour qu'il puisse venir nous voir quand même. Papa ne prend jamais de vacances sans eux, il est très courageux.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Ça fait plusieurs semaines que je n'arrive plus à être raisonnable et que je supplie Papa et Maman de trouver une solution juste pour une nuit, juste une seule fois. Je ne suis pas très fière de moi de mon petit caprice d'enfant gâtée mais je ne peux pas m'empêcher de retarder tous les jours son départ. Je me souviens de notes à lui montrer ou d'un poème qu'il doit me faire réciter. Ou alors je lui demande d'attendre que j'ai mis ma chemise de nuit et ma robe de chambre pour que ça fasse un peu comme le bisou au lit. Je pleure des fois un peu. Et je le raccompagne jusqu'à l'ascenseur et j'attends que l'ascenseur arrive et que les portes se referment pour rentrer dans l'appartement.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Ce soir-là encore je le raccompagne jusqu'à l'ascenseur. J'ai un peu triché avec l'histoire des notes et la chemise de nuit mais je n'ai pas pleuré. Mais quand l'ascenseur arrive, je &lt;em&gt;sais&lt;/em&gt; que je ne pourrai pas le laisser partir. C'est trop dur. Trop dur un soir de plus. Je m'accroche de mes deux mains à sa grande main large et chaude, ces mains qui enveloppent les miennes quand il m'aide à me les laver avant de passer à table. Je sais le faire toute seule bien sûr, mais on continue pour le plaisir. Ses habits sentent bon son tabac à pipe, la jolie pipe Saint-Claude qu'il me laisse parfois bourrer pour lui avec le cure-pipe que je lui achète à chaque anniversaire et qu'il accueille à chaque anniversaire comme si c'était le plus beau cadeau qu'on lui ait jamais offert. J'éclate en sanglots de voir encore partir cette odeur et cette chaleur.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;em&gt;Oh Papa, s'il te plaît, juste une nuit, juste cette nuit, une seule.&lt;/em&gt; Papa me dit que je sais bien qu'il doit partir, qu'il ne peut pas faire autrement. Mais je n'arrive pas à lâcher sa main. &lt;em&gt;Une nuit, rien qu'une nuit.&lt;/em&gt; Je crie fort parce qu'il essaie de dégager sa main. Le carrelage du palier et de la cage d'escalier fait résonner très fort mes cris, comme quand on joue à s'appeler de notre huitième étage au rez-de-chaussée. &lt;em&gt;S'il te plaît, s'il te plaît.&lt;/em&gt; Maman est adossée au chambranle de la porte, elle essaie de me calmer en me parlant d'une voix raisonnable et moi aussi j'essaie mais je n'y arrive pas. Papa passe la main sur son crâne. Il lui dit &lt;em&gt;Fais la rentrer bon sang !&lt;/em&gt; Maman me prend la main mais elle ne tire pas très fort, ou alors c'est la chaleur de la main de Papa qui me donne la force de lui résister. Je crie en vrac toutes les idées qui me sont venues pour qu'il puisse rester&amp;nbsp;: l'infirmière, des vacances de Boris, ou alors Cassandre ou Maman. Elles s'en occuperaient bien de la femme de Boris, elles, il n'y a pas de soucis à se faire. &lt;em&gt;Juste une nuit une seule, rien qu'une et je ne demande plus jamais, je te le jure. J'ai de la peine pour la femme de Boris je te promets Papa.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Maman a lâché ma main et elle dit elle aussi avec une drôle de voix&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Tu ne peux pas lui faire ça, il faut lui dire. » Alors il crie lui aussi et je sais bien que le voisin d'en face qui passe sa vie derrière l'œil de sa porte il ne doit pas en perdre une miette. Il dit «&amp;nbsp;Ah non, pas toi aussi, tu ne vas pas t'y mettre&amp;nbsp;! » Et Maman se met à pleurer-crier aussi en disant qu'elle aussi elle en a marre qu'il parte tous les soirs. J'entends qu'elle est triste et en colère et qu'elle s'en fout des voisins, même ceux d'en-dessous qu'on vient d'entendre ouvrir leur porte. Elle répète &lt;em&gt;dis-lui&amp;nbsp;! mais dis-lui donc !&lt;/em&gt; Et Papa dégage sa main et met un pied dans l'ascenseur, il va partir et je hurle parce que je sens bien que s'il ne reste pas ce soir il ne restera jamais. Je crois que je peux me calmer, attendre encore, si... &lt;em&gt;Papa, pas ce soir parce que Boris compte sur toi. Dis-moi juste que c'est promis pour demain soir et je te laisse le rejoindre.&lt;/em&gt; Papa claque la langue au palais et fait non de la tête. &lt;em&gt;Allons, allons, ma petite fille, sois raisonnable.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Alors Maman dit&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Ce n'est pas la femme de Boris qu'il va rejoindre, c'est sa femme à lui&amp;nbsp;! »&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Alors Papa crie «&amp;nbsp;Et merde&amp;nbsp;! » très fort. Et il lâche la porte de l'ascenseur et il nous fait signe de rentrer dans l'appartement et il rentre lui aussi. J'essaie de comprendre. J'essaie de mettre ces mots dans un ordre qui leur donnerait du sens&amp;nbsp;: belle marquise d'amour vos yeux... vos yeux me font belle marquise. Mourir.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Maman a menti, hein Papa&amp;nbsp;? Elle était en colère alors elle a menti. Non, on ne voulait pas te le dire comme ça (regard assassin vers ma mère), mais c'est vrai. Non&amp;nbsp;! Ça n'est pas vrai&amp;nbsp;! C'est impossible&amp;nbsp;! C'est faux&amp;nbsp;! C'est pas vrai, parce que... &lt;em&gt;parce que le Père Noël n'existe pas&lt;/em&gt;&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Mes parents ne m'ont jamais fait croire au père Noël ni à la petite souris ni à toutes ces balivernes parce qu'ils n'aiment pas les mensonges qu'on raconte aux enfants et qu'ils ne me prennent pas pour une idiote à qui on peut raconter des histoires aussi énormes. Donc. Preuve.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Papa dit que oui, il est marié. Qu'on ne m'en a pas parlé parce que je n'aurais pas pu comprendre. Qu'on me l'aurait dit un jour. Mais que je sais bien qu'il m'aime et qu'il m'aimera toujours et que ça c'est le plus important.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Je dis oui, d'accord. Je n'en crois pas un mot. Un mensonge, pourquoi pas deux. Et ils m'ont bien assez pris pour une idiote à me faire gober ça. Et je suis bien assez idiote pour l'avoir cru jusqu'à me battre avec une copine de classe qui disait que ses parents étaient sûrs que c'était des mensonges. «&amp;nbsp;Tu es jalouse de mon père parce que c'est un héros et pas le tien, pauvre imbécile », voilà ce que je lui avais dit. C'est moi l'imbécile. Onze ans. Imbécile et ridicule. Je sais faire des problèmes de robinet mais je suis incapable d'additionner deux et deux.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Quand Papa est parti on mange en silence. Maman demande pardon, elle dit qu'elle n'aurait pas dû me dire ça sans m'y préparer, qu'elle regrette. Je dis oui, d'accord, c'est pas grave, Maman. Après le dîner on allume la télé et je viens tout contre Maman après sa toilette. Elle a mis son peignoir qui est tout comme le mien mais en mauve alors que le mien est bleu ciel.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Comment elle s'appelle la femme de Papa ?&lt;br /&gt;
– Aïda &lt;br /&gt;
– Aïda comment ?&lt;br /&gt;
– Aïda B***. &lt;br /&gt;
– Ah. »&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Mon monde vient de s'écrouler.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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    <title>1973:13 mes manifs</title>
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    <pubDate>Thu, 14 Dec 2006 15:25:14 +0000</pubDate>
    <dc:creator>Anna Fedorovna</dc:creator>
        <category>Mes petits cailloux</category>
        <category>mes petits cailloux (2006-1960)</category>    
    <description>    &lt;p&gt;Mai 1973, planquée sous une table, j'assiste aux assemblées générales des lycéens contre la loi Debré. En principe, mon statut de cinquième, même redoublante, ne m'autorise pas à participer aux réunions mais je ne raterais ça pour rien au monde. J'aime l'effervescence des réunions, les départs en kermesse pour les manifs, la confection des banderoles, les propositions de slogans, les réécritures de chansons. Je ne participe pas à proprement parler au mouvement lycéen mais j'en suis une spectatrice avide et ravie. Le printemps lycéen est arrivé comme une fête au milieu d'une année terne, je m'accroche à leurs rires.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Merde, la prof d'allemand m'a vue. Nous nous détestons cordialement depuis déjà l'année dernière, à ma première cinquième. Elle a pesé de tout son poids dans ce redoublement malgré les efforts de ma bien-aimée prof de français et mes notes à peu près correctes dans les autres matières.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Cette année c'est ma prof principale et c'est encore pire. Après m'avoir chopée dans l'A.G., elle convoque Maman. Maman y va avec Papa. L'autre demande qui c'est le monsieur qui n'est pas dans ses fiches (ça l'a bien énervé, ça, Papa&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Tu as mis quoi sur la fiche&amp;nbsp;? » me demande-t-il. «&amp;nbsp;Inconnu. » Papa serre les mâchoires et passe la main sur son crâne.). Elle dit que je suis trop jeune, immature et sans doute limitée intellectuellement. Elle veut que je passe des tests pour être orientée en filière courte&amp;nbsp;; elle dit que je suis influençable et que je vais tomber dans la délinquance. Maman et Papa me disaient que les profs n'aiment ni ne détestent leurs élèves, mais quand ils l'ont rencontrée et que la prof leur a expliqué ses projets pour moi, ils se sont détestés tout pareil qu'avec moi. Quand Papa lui a dit qu'en primaire j'étais toujours première de ma classe, l'autre a laissé tomber&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Oui... à Ivry. » Quand Maman lui a dit que mes notes n'avaient chuté que depuis le milieu de l'année dernière, que j'étais super bonne en sixième &lt;em&gt;dans votre établissement parisien&lt;/em&gt; et qu'il fallait me laisser un peu de temps, l'autre lui a dit «&amp;nbsp;c'est toujours difficile pour des parents d'admettre que leurs enfants ne sont pas capables de faire des études ».&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Après, comme maman est une adulte et que c'est une fille elle ne lui a pas cassé la gueule. Moi j'aurais voulu qu'elle lui casse la gueule, je la hais. Mais Maman n'a pas fait ça, Maman lui a proposé un marché&amp;nbsp;: on ferait les tests en double, chez le truc où la prof veut m'envoyer et chez un organisme que Papa et Maman choisiraient. Quel que soit le résultat ils me mettraient ailleurs l'année prochaine. Mais si les résultats étaient bons, on écrirait sur mon bulletin que je pouvais passer en quatrième et s'ils n'étaient pas bons, les profs écriraient ce qu'ils voudraient.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Ils me disent ça le soir, quand je rentre à la maison. Et qu'ils ont pris rendez-vous pour ce samedi et le samedi suivant dans des instituts je-sais-pas-quoi pour les tests. Je ne veux pas y aller. Je leur dis&amp;nbsp;: ah ben non, samedi ya manif et maman a dit que je peux y aller si je promets de rentrer avant l'arrivée du cortège et que ça ne me fait pas sécher des cours. Et c'est Maman qui commande, c'est elle sur les papiers, et Maman a dit oui et elle tient toujours parole. Maman me dit que c'est pas un souci, les tests sont le matin. Aaaaaah mais non&amp;nbsp;: le matin j'ai cours. Eh bien tu n'iras pas en cours.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Je n'ai plus d'arguments. Je vais les décevoir&amp;nbsp;; moi je le sais bien que je ne suis pas intelligente, mais eux pas encore, ils ne se rendent pas compte. Quand Papa est parti je demande&amp;nbsp;: je vais aller où si les tests sont mauvais, dis Maman&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;SuperMaman éclate de rire&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Si les tests sont mauvais ?!? Si les tests sont mauvais ?!? Tu t'es mise à boire en cachette&amp;nbsp;? ... &quot;si les tests sont mauvais&quot;, pffffffff&amp;nbsp;! Tiens, tu sais quoi&amp;nbsp;? Ce soir, on fait la RE-VO-LU-TION&amp;nbsp;! &lt;em&gt;A bas, à bas, à bas la prof d'allemand !&lt;/em&gt; »&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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    <title>1974:14 la téléréalité c'est rien que des copiteurs</title>
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    <pubDate>Wed, 13 Dec 2006 15:15:16 +0000</pubDate>
    <dc:creator>Anna Fedorovna</dc:creator>
        <category>Mes petits cailloux</category>
        <category>mes petits cailloux (2006-1960)</category>    
    <description>    &lt;p&gt;Année scolaire 1973-1974. Le changement d'établissement me procure un immense soulagement. Il me faudra certes allonger mon trajet d'une vingtaine de minutes en ajoutant le métro à l'autobus, mais je m'en fiche, je vais être bien mieux ici, je le sens. De l'ancien bahut, je ne conserve que Fredo comme copain&amp;nbsp;; au cours cette année de quatrième se constituera une petite bande de six joyeux lurons dont il sera, ainsi que Samuel, Pascal, Emmanuelle et Claire. J'en sais peu ou rien de ce que sont devenus les quatre autres, mais Claire est restée depuis ma plus ancienne et meilleure amie.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;em&gt;La rencontre, &lt;a href=&quot;http://www.kozlika.org/kozeries/index.php/2004/12/15/125-leo-et-claire&quot;&gt;je l'avais racontée là&lt;/a&gt;. La suite c'est toutes les années entre celle-ci et aujourd'hui et la certitude que tous les demains aussi. Et vu qu'à l'occasion de ce récit je m'étais fait &lt;a href=&quot;http://www.kozlika.org/kozeries/index.php/2004/12/15/125-leo-et-claire#c1343&quot;&gt;engueuler&lt;/a&gt;, je n'en dirai pas plus. Je n'écrirai pas qu'elle croit que sa rage s'est enfuie mais que c'est juste qu'elle lui a cousu d'autres habits et que la muletta n'est pas bien loin encore, je la vois distinctement moi, juste là sous les capes qu'il faut bien mettre en vieillissant pour traverser l'hiver suivant. Je ne dirai rien non plus de toutes les fois où elle était là quand il le fallait, comme par exemple passer des jours entiers à m'accompagner ici et là pour acheter les meubles nécessaires à mes premiers &lt;a href=&quot;http://www.kozlika.org/kozeries/index.php/2006/11/10/628-2002-42-le-moins-pire&quot;&gt;battements d'aile&lt;/a&gt; en solitaire et prétendre qu'elle n'avait rien de mieux à faire que les charger, décharger et monter avec moi. C'est pas comme si elle avait eu quatre petits à s'occuper. (Ah si ?) Ou que si parfois nous étions moins proches au quotidien, j'ai toujours su qu'elle répondrait présente au moindre appel, et que c'est bien plus important que le reste. Non non non, je n'en dirai rien, motus et bouche cousue.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;En 1974 on ne savait pas encore ça, mais nous étions devenues très vite inséparables, l'une dormant chez l'autre, passant une bonne partie de nos vacances ensemble avec sa famille ou la mienne. C'est à l'occasion d'un retour de vacances en Bretagne que le ton était monté très vite entre Claire et sa mère, comme très souvent. Et comme très souvent, Claire disait à sa mère que la mienne était un milliard de fois plus sympa qu'elle. Maman-de-Claire protestait, elle disait que les parents des autres ont toujours l'air d'être plus cools que les siens. Et justement, moi je la trouvais très sympa, Maman-de-Claire, c'est ce que j'ai dit. Beaucoup plus sympa que la mienne. «&amp;nbsp;Ah, tu vois », a dit Maman-de-Claire, «&amp;nbsp;c'est exactement ce que je disais. » «&amp;nbsp;N'importe quoi », a dit Claire «&amp;nbsp;je suis sûre que je serais beaucoup mieux chez Geneviève ». «&amp;nbsp;Et moi chez ta mère&amp;nbsp;! », ai-je répondu, «&amp;nbsp;on devrait échanger ».&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Chiche&amp;nbsp;! », proposa Maman-de-Claire «&amp;nbsp;au bout de deux semaines vous n'aurez qu'une hâte, revenir chez vous. ». Chiche&amp;nbsp;? Heeeeeey, mais c'est une idée gé-niale ça&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;On en a parlé à ma mère et elle a été d'accord tout de suite, l'idée l'amusait beaucoup elle aussi. Alors Claire et moi, avec nos familles, on a inventé le concept de «&amp;nbsp;Vis ma vie », même qu'on devrait demander des droits d'auteurs à la TV.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Je suis allée habiter chez elle et elle est venue habiter chez moi pendant une quinzaine de jours. Tout le monde a joué le jeu, à fond&amp;nbsp;: je ne me souviens plus pour elle, mais moi j'appelais ses parents «&amp;nbsp;papa » et «&amp;nbsp;maman » et je leur demandais l'autorisation d'inviter «&amp;nbsp;mon amie Claire » à venir à la maison, et ils pesaient le pour et le contre&amp;nbsp;: tu as fait tes devoirs&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Je vivais seule avec ma mère tandis qu'elle habitait avec son père, sa mère, son petit frère et sa petite sœur. Je vivais en banlieue et elle à cinq minutes à pied du lycée, ma mère avait fait des études de comptabilité et commencé à travailler à dix-sept ans, ses parents avaient fait des études longues et de haut vol. Pour elle comme pour moi le changement était radical. A moi le bonheur de traîner devant la porte du lycée tandis qu'elle prenait son métro et son bus pour rentrer, wéééé&amp;nbsp;! A moi les bagarres avec mon frère et ma sœur, wééééé&amp;nbsp;! Mais il y eut aussi les déconvenues&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;papa » et «&amp;nbsp;maman » n'avaient jamais beaucoup de temps pour me parler, on ne passait pas les soirées ensemble parce qu'ils restaient entre adultes et que les enfants devaient aller dans leur chambre après dîner. Ils ne faisaient jamais de bisous non plus, même quand on allait se coucher. Ils ne me demandaient pas ce que j'avais fait dans la journée.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;«&amp;nbsp;Chez » Claire aussi il y avait les trucs chouettes&amp;nbsp;: sa maman pour elle toute seule et toute disponible, toujours prête à bavarder, et puis pas obligée de finir ce qu'il y avait dans son assiette, et puis le bisou du soir («&amp;nbsp;elle le fait vraiment avec toi, ta mère, de t'embrasser quand tu vas te coucher&amp;nbsp;? – Ben... oui&amp;nbsp;! »), mais aussi les mauvais plans comme les trajets maison-bahut ou devoir faire le repassage parce que Maman ne pouvait pas tout faire toute seule, ou le fait de &lt;em&gt;justement&lt;/em&gt; passer toute la soirée avec maman et ne pas avoir le droit de fermer la porte de sa chambre.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Bien contentes de notre aventure en pays exotique, à l'issue des deux semaines nous avons finalement toutes deux retrouvé avec plaisir nos pénates aux inconvénients apprivoisés mais je me souviens avec tendresse de ce drôle de voyage dans le pays étrange de ma copine.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;Aujourd'hui c'est son anniversaire, mais chut, n'en disons rien, je vais encore me faire engueuler.&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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