Puccini - La Bohême
Par Kozlika le mercredi 1 septembre 2004, 20:43 - Lien permanent
Vous connaissez déjà mes hautes compétences musicologiques. Avec l'arrêt de la cigarette ça ne s'est pas arrangé... Je vous gratifie quand même d'une non-écoute de La Bohême, que j'adore pourtant mais à laquelle j'ai renoncé, incapable que j'étais de me concentrer sur quoi que ce soit d'autre que ... enfin vous savez quoi ! Je n'ai donc pas écouté La Bohême mais je me souviens...
Je me souviens que Puccini ne s'embarrasse pas d'une ouverture et que si la mansarde est sous les toits, c'est de plain pied que nous y entrons.
Je me souviens que les deux amis ont la voix assurée des jeunes auxquels le monde est offert et leurs voix chaudes se mêlent si bien qu'on ne peut pas douter que ces deux-là sont amis pour la vie.
Je me souviens qu'on entend la voix de Mimi derrière la porte et qu'on la devine déjà, dès le premier mot, jeune, fragile, vulnérable, prête à tout donner à celui qu'elle aime, naïve, touchante, généreuse jusque dans le refus de condamner son amant qui fuit le chagrin.
Je me souviens que sous le sarcasme de Colline perce l'homme qui vendra son manteau pour elle.
Je me souviens que Musette, gouailleuse et libre, montrera la plus douce tendresse.
Je me souviens que Marcel Maréchal joue encore là - impeccablement - le cocu, cocufiant, le sot.
Je me souviens des rues de Paris qui bruissent des cris des enfants et de leurs mères, des marchands, des passants et les odeurs, les couleurs. Oui ma fenêtre doit être ouverte, je les entends, ils sont là. Juste en bas de chez moi, le Café Momus, des bruits proviennent de la terrasse où les amis sont attablés, et je me souviens aussi que dans ma rue passait la Bièvre, aujourd'hui masquée par le bitume, vague égout croupissant quand il cheminait à l'air libre autrefois.
Je me souviens de l'auberge où les couples se défont dans la douleur ou la colère. Je me souviens et j'espère que peut-être Mimi eut le réconfort d'une étreinte pleine de tendresse et de compréhension de Marcello, dans ma mise en scène en tout cas.
Je me souviens qu'il a fait bien froid dans cette petite mansarde et qu'il y fait faim aussi mais que qu'on n'oublie pas de se nourrir d'amour entre les quatre amis et qu'on joue aussi, pour endiguer le cafard naissant.
Je me souviens que l'arrivée de Musette sonne comme le coup de pied dans le château de sable et qu'on frissonne d'effroi et de pitié anxieuse.
Je me souviens que Mimi et Rodolphe se souviennent ensemble de leur aurore d'amour et que ces bribes de «Mi chiamano Mimi» me serrent le cœur.
Je me souviens que Mimi sera toujours belle. Et Mirella Freni aussi, qu'on voudrait serrer dans ses bras et la remercier de nous avoir fait ce cadeau...
Voilà ce soir de quoi je me souviens, un peu blues.
La nostalgie n'est plus ce qu'elle était, comme disait ma chère, très, très chère Simone. Tiens, je passerais bien un pacte avec le diable, moi, pour qu'il nous la ramène, la Simone Signoret, belle, si belle, et même bouffie par l'alcool, si belle encore...
Puccini - La Bohême : Orchestre et Chœurs de l'opéra de Berlin, dirigés par Karajan. Avec Mirella Freni (Mimi), Luciano Pavarotti (Rodolfo), Rolando Panerai (Marcello), Elizabeth Harwood (Musetta), Nicolai Ghiaurov (Colline), Gianni Maffeo (Schaunard).

Commentaires
Mon coeur est une penderie dans laquelle tous les costumes de mes personnages sont accrochés.
Elle disait cela la grande, la belle, la talentueuse Simone Signoret.
"je passerais bien un pacte avec le diable, moi, pour qu'il nous la ramène" je donne la mienne aussi pour cette Grande Dame.
PS: moi qui ne suis pas fan d'opéra tu m'as donné envie d'entendre -La Bohême- Tu racontes si bien.
Oui koz, tu racontes vraiment bien, là tout de suite, j'aimerais l'avoir sous la main cette bohême de Puccini. Comme tu as pensé à mettre la source exacte, se la procurer ne devrait pas être difficile, histoire de faire connaissance avec ces personnages que tu nous évoques, histoire de retrouver ces lieux qui me semblent déjà familiers... Simone Signoret, quelle Femme, quelle Etre, à chaque fois que je l'ai vue, elle m'a retournée, chamboulée...mais, vendre notre âme n'y changerait rien, elle a tiré sa révérence, la grande Dame : la magie demeure cependant, c'est le miracle de la pellicule, immortalisant ces corps, ces voix, ces regards, toujours émouvants, toujours en mouvement.
Vivante à tout jamais
slt moi j'ai fait cet opera et il est vraiment super
Que de talent et d'émotion ans ces quelques lignes! Bravo