Photo Nefes 1

C'est devenu le rendez-vous annuel, celui qui vaut la peine de prendre un abonnement au Théâtre de la Ville pour être sûre d'avoir des places. C'est aussi l'un des rares points de consensus culturel entre mes enfants et moi. J'ai pourtant un petit doute à chaque fois avant d'y aller. Je me dis qu'elle ne peut quand même pas réussir à tous les coups. Qu'un jour on va sortir de là en disant : « Oui, bof, c'était pas mal. »

Mais ça ne sera encore pas pour cette soirée. Pina Bausch nous revient d'Istanbul, caustique et tendre avec des images de hammam, de fête, de douleurs. Moins, beaucoup moins de douleur qu'il n'y en avait dans ses chorégraphies il y a quelques années. Certains afficionados ne le lui pardonnent pas et resteront à tout jamais nostalgiques de Café Müller, hommes et femmes butant contre des chaises, des parois, errant et se croisant sans jamais réussir à se toucher. Solitudes vertigineuses.

C'est vrai, c'était magnifique, fort et poignant Café Müller mais ces dernières années la nouvelle Pina se réconciliait avec la vie et nous l'offrait en partage, tant mieux. Mais il semble qu'à nouveau une fêlure apparaisse : les explosions sont moins joyeuses, plus désespérées. Bien possible que l'optimisme parfois vacille aux nouvelles du monde.

Les musiques viennent de Turquie, mais aussi de Tom Waits ou Astor Piazzola. Les robes de Marion Cito sont toujours aussi belles (j'en veux une !). Les danseurs toujours aussi multiples – 20 danseurs et presque autant de nationalités, de l'Inde au Portugal en passant par la France, l'Allemagne, la Chine, les Etats-Unis... Presque autant de morphologies aussi, des petits, des grands, des lianes et des noueux. Qui pourrait croire à l'issue du spectacle qu'il faut des corps calibrés pour créer l'harmonie ?

Beaucoup de solos cette fois, bien plus que de duos ou d'ensembles. L'eau est omniprésente, des jeux de mousse au hammam au pique-nique au bord du lac en passant par la douche, splendide solo d'un danseur dont on ne saurait dire s'il exprime la joie ou la douleur mais à coup sûr la libération des sentiments.

La scène finale, déroulant les clichés des méditerranéens frimeurs et méditérranéennes alanguies s'étire en une farandole aussi drôle que grâcieuse.

Danke schön.