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vendredi 25 mai 2007

Et c'est tant mieux, parce que je n'écouterais pas du Wagner tous les jours

Lohengrin mercredi soir avec la bande de dingos, c'était l'effet Pliz : résultat impeccable mais je ne ferais pas ça tous les jours... Non, parce que c'est du Wagner quand même hein...

Marie-Pierre Casey - Pliz

Donc, pour du Wagner, c'était drôlement bien, si, si.

Une production signée Robert Carsen, sans éclat particulier mais servant parfaitement l'œuvre, plus ou moins transposée ici dans une ambiance évoquant un pays de l'Est (j'ai pensé à certains ballets de Joseph Nadj à plusieurs reprises hier, Les Veilleurs notamment), mais sans lourdeur excessive. Très sobres, le décor et les costumes nous épargnent les fréquents débordements vikings, casques à cornes et tresses blondes sur fond de drakkars aux voiles déployées, sans tomber dans le hem... bleu néon personne ne bouge ou alors comme si vous étiez des automates de Bob Wilson.

La direction de l'orchestre de l'Opéra par Valery Gergiev m'a semblé, pour ce que je connais de Wagner, bien servir la musique, capable de murmurer (pas souvent hein) ou tout lâcher, ce qui n'est pas peu dire vu le nombre de musiciens, quand il le faut. Le double chœur m'a en revanche parfois déçue : j'ai eu l'impression que plusieurs départs avaient cafouillé et que quelques savonnages furent semés sur un air ou deux, même si ce sont des pros et qu'ils ont fini par retomber sur leurs pattes. A leur décharge j'imagine que ça ne doit pas être le répertoire le plus facile à chanter.

Outre le metteur en scène, trois facteurs m'ont décidée à faire mon baptême wagnérien avec ce spectacle : 1. Lohengrin est l'un des plus courts (quatre heures trente avec les entractes tout de même). 2. Son livret n'est pas trop empli de sorcières maléfiques, trolls et autres ingrédients mystiques, je n'aime pas plus ça à l'opéra que dans les livres de science-fiction ; 3. Une distribution excellente sur le papier avec dans quatre rôles principaux Ben Heppner (Lohengrin), Mireille Delunsh (Elsa), Jean-Philippe Lafont (Telramund) et surtout Waltraud Meier (Ortrud), que j'adore.

L'œuvre. Alors... comment dire ? Je crois que je ne suis pas encore assez grande pour Wagner. Le premier acte est passé comme une lettre à la poste, le deuxième m'a semblé long avec de grandes plages d'ennui heureusement rompu par l'ensemble chœur + solistes vers la fin, quant au troisième, à la place du compositeur je l'aurais bien bâclé en dix minutes tant ça me semblait traîner en longueur (en ne gardant que ma Waltraud. Bon, ok, gardons Ben Heppner aussi). Il faut dire que la petite forme de Mireille Delunsh, très présente dans cette troisième partie, n'arrangeait rien ajoutée à ma fatigue et ma faim...

Mon problème avec Wagner c'est que ça me séduit toujours d'emblée et au bout d'un moment ça me lasse terriblement. Notons tout e même que la version scénique m'a permis de tenir bien plus longtemps qu'au disque ! Ne parlons pas de la télé, je me souviens de mon dernier essai... L'effectif pléthorique des musiciens et les zimbamboum à fond la caisse sont certes d'un certain charme, je reconnais même qu'ils emportent souvent dans leur élan, mais mon oreille perçoit plus d'effets de manche que de subtilités. (Je demande humblement pardon aux wagnériens et jure que je suis convaincue d'avoir très mauvais goût et aucune éducation !)

La morale du livret pourrait se résumer assez facilement : les femmes c'est soit des faiblardes incapables de tenir leurs promesses et curieuses comme des pies, en plus d'être nunuches à souhait (Elsa), soit des sorcières pleines de venin aux pouvoirs maléfiques et manipulatrices (Ortrud).

On a donc une jeune fille accusée à tort du meurtre de son frère, un beau chevalier blanc qui la sauve et l'épouse en lui faisant promettre de ne jamais lui demander son nom. Une sorcière qui intrigue pour piquer le royaume de la princesse en manipulant son mari et le poussant au crime (une ancêtre de lady Macbeth sans doute) puis pour instiller à la jeune fille le doute au sujet de son fiancé et la pousser à commettre la seule chose qu'il ne fallait pas faire (demander à son mari quel est son nom, vous suivez oui ?). Et bien sûr, cette pauvre nunuche sans discernement gobe que celle qui voulait son exécution hier est devenue sa meilleure amie, cède, exige un nom et patatras c'est la fin du monde. Rha foutues bonnes femmes ! Et pourtant il valait vachement le coup le mec, c'était un Chevalier de la Table Ronde qui était tombé dans le Graal quand il était petit (d'où sa force surhumaine et son âme pure).

Qui dans le fond a dit que les livrets de Verdi n'étaient guère plus crédibles ? Qu'on le pende ! Et puis au moins Verdi, lui, ne colle pas toujours tout sur le dos des donzelles.

Côté interprétation, personne n'a démérité, même si le Roi, Jan-Hendrik Rootering, était un peu en dessous du reste de la distribution – et Mireille Delunsh, mais j'y reviendrai.

Le Chevalier de la Table Ronde, c'est Ben Heppner. Un ténor[1] à la voix solide et au beau timbre, capable de donner beaucoup de couleurs à son chant et de déployer la puissance exigée des interprètes wagnériens (vous avez déjà essayé de couvrir un orchestre à pleins gaz ?) Il compense un physique qui ne correspond pas aux canons d'un jeune premier par beaucoup d'intelligence et de sensibilité dans l'interprétation. Je le connaissais par son CD consacré aux airs français et son Calaf dans une intégrale de Turandot. Je l'ai retrouvé mercredi soir avec plaisir.

Jean-Philippe Lafont (qui a quelques défauts) fut autrefois un très grand Wozzeck. C'est l'un de nos barytons français les plus réputés. Il ne m'avait guère convaincue dans Falstaff il y a quelques années et endosse à mon goût bien mieux le rôle de du mari de la sorcière (mais sa voix se dérobait parfois, je crois ?). Je lui reprocherais peut-être un léger retrait dans l'investissement scénique, notamment dans le duo avec Ortrud-Waltraud Meier, histoire de pinailler.

J'ai décidément bien du mal avec Mireille Delunsch. Hormis dans le génial DVD de Platée et sa non moins géniale Folie, je n'accroche pas avec cette chanteuse. On nous a annoncé avant le spectacle qu'elle était malade, je réserverai donc mon jugement plus général sur cette soprano à une prochaine fois, mais hier elle marquait nettement le pas sur ses partenaires. Si ça passait à peu près bien au premier acte, après tout ça correspondait assez bien à une jeune fille fragile, par la suite c'était plus gênant, notamment le déséquilibre lors du duo du II avec Ortrud et du III avec Lohengrin. En dehors du simple aspect « technique » d'une voix qui manque de puissance pour Wagner, j'ai trouvé son jeu assez fade tant comme actrice que dans sa voix. Mais j'ai quelques scrupules à développer ce qui n'est peut-être dû qu'à son indisposition, je m'en tiendrai donc là.

Waltrauuuuuud ! Waltraud Meier, c'est ma chouchoute depuis que je l'ai découverte dans le classieux DVD de ''Don Carlos'' enregistré au Châtelet, où elle incarnait une parfaite Eboli. J'avais raté son récital l'année dernière, en ne le regrettant qu'à moitié car Juju qui l'avait vue à Strasbourg était revenu un peu déçu. Elle était mercredi à la hauteur de mes attentes, voix puissante, jeu intense, présence scénique impressionnante. La prochaine fois qu'elle chante à Paris je tâcherai d'être au rendez-vous. Et si je retourne écouter du Wagner ça sera parce qu'elle y chante !

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Notes

[1] Si vous voulez faire chic, vous direz heldentenor ou tenor robusto.