Kozeries en dilettante

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Mot-clé - Natalie Dessay

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samedi 14 juillet 2007

Haut les cœurs, Natalie !

Elle a dû annuler quelques représentations à Barcelonne et renoncer au récital qu'elle devait donner au Théâtre des Champs-Elysées le 11 juillet en compagnie de Paul Groves. Natalie Dessay semble connaître de nouveau des soucis aux cordes vocales (pas de confirmation officielle, c'est une rumeur).

Je suis bien entendu très déçue de n'avoir pu assister au récital avec l'ami Garfieldd mais je souhaite surtout à Natalie Dessay un prompt et surtout total rétablissement si l'info concernant sa santé est exacte. Ma déception est à l'évidence bien peu de chose à côté de l'angoisse que la chanteuse doit ressentir !

L'une des représentations de Manon à Barcelonne a été diffusée à la télévision. Je n'en possède malheureusement pas l'enregistrement mais quelques afficionados ont posté des extraits sur Youtube. Parmi eux figure le « duo de Saint-Sulpice » avec Rolando Villazon dans le rôle de Des Grieux. Je vous avais déjà parlé de ce duo qu'ils ont interprété l'année dernière au récital auquel j'avais eu la chance d'assister (avec eh oui, toujours monsieur Garfieldd avec lequel je partage l'engouement pour notre soprano préférée). Vous en souvenez-vous ? (intertitre « et torrides »).

Je vous le livre ici. Il dure dix minutes. Les impatients peuvent se rendre directement à la fin de la cinquième minute (5'50) pour le fameux « N'est-ce plus ma main ».

Dessay et Villazon, duo de Saint-Sulpice, Barcelonne, juin 2007.

(Texte du duo en pièce jointe.)

Ça le fait, non ?

vendredi 10 novembre 2006

Veinarde !

La môme Extatic était à la représentation de la Sonnambula hier soir à Lyon, avec Natalie Dessay. Ça se lit sur ses Pêcheurs de perles, il y a même un billet spécial séance de dédicaces.

Sa performance a été magistrale, me coûtant quelques sueurs aux yeux à différents moments et une véritable hémorragie oculaire sur sa scène finale.
Comme le disait un spectateur à sa femme , « j’espère que tu en as bien profité, des prestations de cette qualité, tu n’en reverras pas avant longtemps ».

Si vous entendez parler du décès brutal de quelqu'un qui avait prévu de se rendre dimanche soir au Théâtre des Champs-Elysées, renseignez-vous auprès de la police pour savoir s'il a toujours son billet. Et s'il ne l'a pas, vous saurez que c'est moi qui l'ai aidé à passer de vie à trépas.

Bouhouhou je suis trop malheureuuuuuuuuuseuh !

samedi 23 septembre 2006

Lucia di Lammermoor (la représentation 1)

C'était donc hier soir ma première Lucia en représentation. J'avais assisté à la générale grâce à Traou mais j'avais préféré réserver la pleine disponibilité de mes oreilles pour les véritables représentations car à l'opéra les chanteurs et musiciens ne « donnent » pas forcément tout à la répétition générale. Sans doute d'ailleurs faut-il y voir l'une des raisons qui m'ont fait me concentrer sur la mise en scène et me livrer ici à quelques pestouilleries à l'égard de ce pauvre Andrei Serban (lire ici et )...

Il y avait de la magie - et de l'appréhension aussi - à se rendre à la Bastille pour y écouter-voir mon opéra préféré avec ma chanteuse en activité préférée. Le risque de la déception pour un bonheur trop attendu, la comparaison inévitable avec les témoignages au disque de multiples versions excellentes, mille fois écoutées, au rang desquelles mes trois préférées : Shippers/Sills, Prêtre/Moffo, et le mythique live de Berlin Karajan/Callas, dont je vous ai déjà parlé avec ferveur.

(En aparté : au risque de laisser croire que ma libido est placebotable dans le lyrique, dois-je avouer que je portais pour cette exceptionnelle circonstance une tenue spécial rendez-vous prometteur bien que mes charmants accompagnateurs soient féminins, total gays ou que la morve leur sorte encore du nez ? Du lard aux cochons, j'vous dis.)

Une femme broyée par un univers d'hommes. La fraîcheur d'une enfant putréfiée par les intérêts familiaux et les alliances politiques. Par la mise en scène et la voix de Natalie Dessay, la Lucia d'hier soir était très proche d'une Juliette transposée en Ecosse, offrant une autre facette possible de l'œuvre, après la naïveté évaporée d'une Sills, la neurasthénie fataliste d'une Moffo, la tragédie antique d'une Callas. Merveilleusement servis par les compétences acrobatiques et le timbre de l'interprète principale, le chef Pidò et le metteur en scène Serban nous offrent une Lucia de quinze ou seize ans encore dans l'enfance (jeux de balançoires, cordes, escalades, déguisements...) mais à la passion amoureuse pleine et fervente. En déséquilibre perpétuel, au propre comme au figuré, elle chante et nous craignons la chute, inévitable.

Natalie Dessay ne bride rien, ni sa joie de chanter ce rôle ni sa voix. A cloche-pied ou debout sur une balançoire, à califourchon sur la poutre d'un échafaudage à six ou sept mètres du sol ou debout tout au bord d'un précipice lit superposé, rien ne semble pouvoir entamer le legato de son chant, ni le risque de tomber ni les coups de pied au sol pour relancer sa balançoire ni sa progression rampante, à plat ventre aux pieds de son frère. Je me suis désormais habituée au contraste que forment son petit gabarit et sa tessiture légère avec la force et la projection de sa voix, il ne me surprend plus. Mais je suis toujours aussi émerveillée de sa façon de se jeter tout entière dans le rôle qu'elle investit, chantant chaque soir comme si c'était pour la dernière fois. Les aigus sont là, moins lumineux qu'ils ne le furent pour Lakmé, mais moins désincarnés aussi. La fée s'est faite femme, l'éther laisse la place à la chair, mais toujours avec la même facilité. Je n'ai eu que très peu de fois l'impression qu'elle « allait chercher » telle ou telle périlleuse note.

Peu de choses à dire sur la seule autre interprète féminine, qui tient d'ailleurs un tout petit rôle (et carrément absent dans la version française). En Alisa, la dame de compagnie de Lucia, Marie-Thérèse Keller, chante juste et possède une voix agréable mais je regrette qu'elle soit couverte dans tous les airs d'ensemble, notamment dans le sextuor. Chez les hommes, seul Christian Jean (Normanno, l'aide de camp du frère de Lucia) se révèle vraiment décevant : petite voix, jeu un peu brouillon, mais peut-être était-il en méforme ce soir-là. C'est dommage car ce personnage est (ou en tout cas devrait être, j'y reviendrai) le seul rôle 100% noir de l'œuvre, le salaud pur jus. Le manque de moyens de son interprète « délavait » hier considérablement le personnage.

Pour les autres hommes, qu'il s'agisse du frère de Lucia (Enrico, interprété par Ludovic Tézier), du chapelin (Kwangchui Youn dans le rôle de Raimondo Bibedent), du fiancé choisi par son frère (Arturo, Salvatore Cordelia) ou de son amoureux Edgardo (Matthew Polenzani), tous - à des degrés divers - tenaient très convenablement leur rôle. Ludovic Tézier était toutefois fort emprunté, ce n'est pas le souvenir que j'avais gardé de lui, ne faisant passer quasiment aucune émotion dans sa voix et le corps dans une posture immuablement rigide. Je ne sais si ça tient à lui seul ou aux consignes du metteur en scène, mais j'ai tendance à pencher pour la deuxième hypothèse car Andrei Serban a choisi de noircir tous les personnages masculins à l'exception d'Edgardo. Cette vision « tous-des-salauds » ne correspond pas à la mienne. Enrico aime sa sœur, le chapelin croit l'aider à choisir ce qui est le mieux pour elle et Arturo est tout prêt à faire de ce mariage arrangé une union affectueuse. Ils sont bourreaux mais également victimes des contraintes sociales et financières de l'époque dans laquelle ils vivent. Les mariages arrangés étaient fréquents jusqu'à une période récente et on croit là tomber dans la famille Borgia. (Ahem, encore que Lucrèce n'eût certes pas eu la faiblesse de Lucia...) C'est dommage de dénaturer ainsi le propos par une simple réduction gentils vs. méchants je trouve. Et ça se ressent dans la caricature dans le jeu vocal et d'acteur des interprètes.

Plus gâté par une construction non manichéenne du personnage d'Edgardo et également par son talent et sa très belle voix, Matthew Polenzani, dont c'était la première apparition à l'Opéra de Paris, sait se faire caressant ou coléreux. Qu'il s'agisse des duos avec Lucia, de la stupeur et la colère en découvrant ce qu'il croit être sa trahison ou le désespoir en apprenant sa mort, Matthew Polenzani est convainquant et émouvant dans tous ses airs - notamment dans le suberbe « Tombe degli avi miei » du troisième acte.

Comme à son habitude, le chef Evelino Pidò bichonne les chanteurs et à de rares exceptions près place systématiquement la musique en écrin du chant, l'enveloppe délicatement, sans affadir pour autant un orchestre de l'Opéra de Paris qui semblait tout à son aise hier. Son choix de faire accompagner la scène de la folie au glassharmonica permet de découvrir le son étrange de cet instrument prévu par Donizetti mais la plupart du temps remplacé par la flûte traversière.

Je suis contente d'avoir assisté à la répétition générale avant de me rendre hier soir à Bastille. Les trucs qui m'énervent dans la mise en scène auraient pris le devant et m'auraient empêchée de profiter pleinement de la musique et du chant tandis qu'hier il m'a suffit de « déconnecter » le canal mise en scène aux moments cruciaux pour jouir du reste !

Rendez-vous le 6 octobre pour ma dernière Lucia de cette saison ! ;)

Diffusion radiophonique :

Cette production de Lucia di Lammermoor sera diffusée le 7 octobre à 19 heures sur France-Musiques.

Encore Lucia !

  • L'avis des blogueurs :

Zvezdoliki - Véhesse - Matoo - Palpatine - Juju - le lapidaire mes bouquins refermés ;) - Un amateur - Oli - Laurent (paris-broadway) - Ikkare - et (que je découvre à cette occasion) Astorg, etjedanse, Rameau (mais lui je l'ai déjà croisé sur les forums), lechtiparigot - blosphère - Operanight - Sarastro - Blabla.

Lire aussi l'interview de Natalie Dessay par Altamusica.

mardi 19 septembre 2006

Waw !

Manon, Barcelone, 21 juin au 9 juillet 2006 2007.

Chevalier des Grieux : Rolando Villazón / Stefano Secco
Le Comte des Grieux : Samuel Ramey / Alain Vernhes
Manon : Natalie Dessay / Inva Mula

Il y a des blogueurs à Barcelone ? Je ferais bien un barcelo-carnet dans ces eaux-là moi, si j'avais les sous. Villazon, Ramey, Dessay. Mise en scène : McVicar... Pi Barcelone, le Liceu... Scusez du peu !

dimanche 10 septembre 2006

Lucia di Lammermoor (la générale 2)

Pfffffff, Zvezdoliki m'ayant injustement taxée d'hostilité (et taxée d'hostilité injuste par dessus le marché), je m'empresse de rédiger la deuxième partie de mes impressions de la répétition générale de Lucia di Lammermoor à la Bastille.

Je m'en tiendrai ici également à la mise en scène, décors, etc. Les chanteurs ne donnent souvent pas toute leur mesure lors des répétitions générales d'opéra afin de préserver leur voix et, pour ce que j'en sais, côté musiciens le chef en profite pour faire quelques réajustements, le nombre de répétitions d'un bout à l'autre musiciens et chanteurs réunis étant en général très restreint (il faudra que je demande à Fûûlion de nous préciser ça, ou Ouf s'il passe par là, ou quiconque saura mieux que moi). Je dirai simplement pour le moment, mais je ne sais pas si en représentation il en était de même, que j'ai trouvé que l'ouverture était jouée trop lentement, alors que bizarrement je ne l'ai pas ressenti par la suite. J'en dirai sûrement plus après la représentation à laquelle j'assisterai le 22 septembre.

Serban n'a pas tout faux, donc. Au premier chef, l'excellente direction d'acteurs. Pour l'avoir déjà vue sur scène, je sais que Natalie Dessay est très bonne comédienne mais que son engagement total fait qu'elle a tendance à surjouer volontiers. Rien de tel mercredi soir. D'ailleurs chaque rôle principal jouait impeccablement, tout le temps. J'insiste sur le « tout le temps » car il n'est pas si rare que les solos, duos ou autres morceux de bravoure soient laissés au bon vouloir de l'interprète, ce qui provoque régulièrement chez certains d'entre eux un plantage sur les deux pieds face au public, récital au milieu de la représentation, quand ils ne vont pas jusqu'à ouvrir un bras appelant les saluts à la fin de leur air (ah Roberto Alagna dans Le Trouvère...). De même aucun figurant ne m'a semblé livré à lui-même, chaque déplacement, chaque expression du visage semblait avoir été réglé au milimètre.

L'autre bon point de Serban, c'est la claustrophobie dans laquelle il nous entraîne : décor hostile, gris omniprésent, personnages encerclant l'héroïne pour la contraindre, les mains de Lucia attachées aux accoudoirs de la chaise aux formes évoquant une chaise électrique, robe de mariée enfilée de force par une floppée de duègnes austères, etc., même si à mon sens il dévoie lui-même son propos en effectuant trop souvent des distanciations créées par la difficulté à percevoir les interprètes au milieu du fouillis, les rires provoqués par des effets comiques que j'espère involontaires, l'inquiétude de voir le chanteur ou la chanteuse tomber des éléments du décor (je dis bien : du chanteur ou de la chanteuse, et non du personnage ce qui pourrait se justifier).

J'ai trouvé très pertinente également l'approche de la première partie de la scène de la folie (avant l'épreuve du chant sur poutre sous les cintres...) : Lucia sort ensanglantée de la chambre nuptiale et tandis qu'elle se met à sombrer dans les hallucinations de la folie qui l'éloignent du souvenir du drame elle se lave à grande eau à sa fontaine imaginaire (hein Palpat ;)) du sang qui la recouvre. Elle se lave de la réalité au fur et à mesure que le disjonctage devient complet.

Enfin, faire de Lucia une enfant (les jeux de balançoire, cloche-pied, etc.) broyée par l'intérêt supérieur de sa famille est un angle tout à fait possible de l'œuvre et qui de surcroît convient parfaitement à la voix - et au gabarit - de Natalie Dessay, même si la production n'a pas été créée avec elle. Je ne lui reprocherai que d'avoir mis les trucs les plus gymniquement compliqués (et pour moi source de perte d'attention) au beau milieu des airs les plus poignants...

Voilà de quoi tempérer mon billet de jeudi, je l'espère, bien que je reste du même avis que moi-même personnellement : je trouve globalement cette mise en scène mauvaise et surtout occultante. Il y a des mises en scène pas terribles mais dont on peut s'abstraire, pas celle-ci. En tout cas pas quand on la voit la première fois. La deuxième, je saurai où ne pas regarder :)

PS. – Au fait, Natalie Dessay adore cette mise en scène. Et comme le signale Zvezdoliki ainsi que les autres spectateurs dont j'ai lu les comptes rendus sur les forums d'opéra, elle l'a fait savoir clairement hier soir à la première.

Edit du 23 septembre : Voir aussi mon compte rendu de la soirée du 22 septembre, pour une véritable représentation cette fois. Donc plutôt au sujet des interprètes et de la musique cette fois.

jeudi 7 septembre 2006

Lucia di Lammermoor (la générale 1)

(En deux billets, je commence par les mauvaises nouvelles - et c'est long.)

« Hai tradito il Cielo et amor »

(Vous avez trahi le ciel et l'amour, Lucia di Lammermoor, acte II.)

Je ne sais pas si je vous en ai déjà parlé, mais j'ai un don : l'empathie. C'est souvent elle qui me permet d'écarter une colère naissante, une déception, en me mettant à la place de l'autre.

La preuve ? Même après la répétition générale de Lucia di Lammermoor hier, je ne prononcerai pas la moindre récrimination contre Andrei Serban.

Lire la suite...

mardi 2 mai 2006

Récital Dessay-Villazon : c'est pas encore ce coup-là que je vais arrêter d'être fan (2)

(Vous n'avez pas raté le début au moins ?)

Romantiques

Après cette première partie italienne, le répertoire français est à l'honneur. Roméo et Juliette de Gounod tout d'abord, avec les duos du balcon et de la chambre et l'air du poison. A l'attendrissement devant l'amour des deux tourtereaux succède la compassion de les voir devoir se séparer, Dessay et Villazon s'investissent de plus en plus dans le jeu de scène autant que dans le chant. Vient ensuite le solo de Juliette, lorsqu'elle avale le poison. Natalie Dessay, très expressive, la très belle musique de Roméo et Juliette, tout concourt à créer l'émotion même sans savoir de quoi il s'agit, comme me le dira plus tard Garfieldd qui ignorait de quel air il s'agissait au moment de l'écoute. Je connais peu d'autres interprétations de l'œuvre et me garderai donc de jugements aussi définitifs que l'enthouisaste forumnaute qui déclare qu'il s'agissait là de la plus belle interprétation de tous les temps (et de toutes les planètes de tous les systèmes j'imagine), mais sans nul doute on a assisté à un très beau moment d'opéra.

et torrides

J'ai quant à moi une faiblesse pour le duo qui suivit, celui dit « de Saint Sulpice » extrait de la Manon de Massenet, que je peux un peu mieux comparer pour l'avoir vu et entendu à quelques reprises par d'autres interprètes. Pour situer la scène, Manon a quitté le chevalier Des Grieux quelques mois auparavant, un peu malgré elle, un peu par attrait pour la vie facile et le luxe. Le povret désespéré est entré au séminaire (de Saint-Sulpice donc) dans l'idée de se faire prêtre. Quand elle apprend ça, Manon ne peut en supporter l'idée et se rend à Saint-Sulpice pour le reconquérir. Il résiste, elle le séduit, lui rappelle leurs bons souvenirs, il cède. C'est cette scène qui fait l'objet du duo entendu dimanche et que j'ai particulièrement aimé. Le chant d'abord, car habituellement, comme pour Traviata, la voix est moins légère - encore que je crois bien que quelques-unes des sopranos rossignols françaises s'y sont frottées mais disons qu'il ne s'agit pas d'interprétation de référence, hem... Dessay éclaire donc son personnage différemment, Manon y est plus « innocente » peut-être, quoique, à y bien réfléchir, c'est à voir... Car je qualifierais le duo de franchement torride, du moins sur scène, j'attends dimanche pour entendre ce qu'il en est « sans les images ». Manon se livre à une entreprise de reconquête tous azimuts d'abord en l'implorant de lui pardonner puis en le frôlant, le carressant des mains et des yeux, l'enjôlant jusqu'à ce qu'il abdique. (Je commence à m'inquiéter sérieusement quant aux liens étroits que j'entretiens entre érotisme et opéra, y a-t-il un divan dans les parages ?) La progression est très bien menée par les deux accolytes, reste à savoir encore une fois si leurs talents d'acteurs sont seuls à mettre à ce crédit.

J'ai zappé entre Roméo et Juliette et Manon le solo de Villazon, un très bel extrait du Cid du même Massenet (« Ô souverain, ô juge, ô père »), honorable mais loin, très loin de mon point de vue d'autres interprètes comme Ben Heppner.

Quand c'est fini

On croit être là depuis un quart d'heure à peine quand la dernière note se fait entendre. Il y aura bien sûr des bis, trois, et il aurait été dommage que nous ne les ayons pas rappelés à grands renforts d'applaudissements car les deux premiers rappels, « Ange adorable » (Roméo et Juliette, toujours) et « C'est une chanson d'amour », extrait des Contes d'Hoffmann d'Offenbach) étaient tous deux superbement bien chantés, j'espère qu'un jour ils auront l'un et l'autre l'occasion de chanter ces deux opéras en intégrale. Pour Roméo et Juliette il me semble avoir lu quelque part qu'il en étati question quant à Dessay dans les trois rôles des Contes, voilà qui ne serait pas pour me déplaire...

Plus anecdotique mais parfait pour une clôture définitive de la soirée, un dernier duo « Addio » de Rigoletto (que ceux qui l'ont vu s'en souviennent, c'est la scène ou Gilda vient d'appendre que son amoureux s'appelle Gualtier Maldè et qu'il doit partir parce que Papa arrive) et il est temps de repartir avec des notes plein les rêves.

A lire ailleurs :

  • Les trois moments préférés de Pascal Patrick, de Do Si Do, l'ouverture, la Traviata et Le Cid. Dommage, nous nous sommes croisés sans le savoir. Une prochaine fois j'espère ?
  • Avis très partagés, comme souvent, sur les forums : chez Opera Giocoso on a beaucoup aimé, tandis que sur Operadatabase c'était nullissime. Dessay sait à peine chanter, Villazon est un sous-fifre, Myung-Whun Chung un matamore, etc. (Mon passage préféré c'est le gars qui dit que le public est inculte et bêtement acquis. Nul doute que s'il avait été d'accord avec lui on eût eu affaire à une foule intelligente :-D)
  • Le Figaro : L'accord parfait
  • Le compte rendu par Forumopera du récital donné à Toulouse par les deux chanteurs il y a quelques semaines avec la même programmation.

Récital Dessay-Villazon : c'est pas encore ce coup-là que je vais arrêter d'être fan (1)

Ella, elle l'a
Ce je ne sais quoi
Que d'autres n'ont pas
Qui nous met dans un drôle d'état
Ella, elle l'a
Ella, elle l'a
Cette drôle de voix
Cette drôle de joie
Ce don du ciel
Qui la rend belle
Ella, elle l'a
Ella, elle l'a
(France Gall, « Ella, elle l'a »)

Qu'Ella la grande me pardonne de voler un extrait de l'hommage que lui rend France Gall pour introduire ce billet façon Garfieldd, le complice qui partagea mon bonheur en ce dimanche soir au Théâtre des Champs-Elysées.

J'hésiterais à employer des qualificatifs tels que « grandiose » ou « exceptionnel » si d'autres que moi, moins inconditionnels, voire sceptiques de longue date, n'avaient eux-mêmes couvert d'éloges la prestation des deux chanteurs, et notamment de la soprano, merveilleuse de bout en bout, tant dans son registre familier de l'opéra français, que plus nouveau de la Lucia italienne, voire inédit avec La Traviata.

Eux...

Rolando Villazon déclarait lors d'une interview que la première fois qu'il avait entendu Natalie Dessay, sa première réaction avait été « Wouahhhh ! » et la deuxième « Je veux chanter avec elle un jour. » Voilà qui fut fait, et de belle manière. Si le ténor mexicain m'a moins impressionnée que la chanteuse, je crois son avenir très prometteur. Il semble posséder toutes les qualités requises pour faire une longue et belle carrière : les veloutés nécessaires à la fin du duo de Roméo et Juliette, la fermeté qui sied à l'Alfredo de la Traviata et le sens du théâtre qui, allié à celui de Natalie Dessay, nous fit bien souvent oublier que nous assistions à un « simple » récital.

Ne négligeons pas également un physique appréciable et un incontestable talent pour séduire le public façon crooner latino, ressource dont il sut user sans abuser lors de ses moins-bien dimanche. Crooner mais pas lourdingue, il apporte à son chant un éventail de nuances sans en faire des tonnes, péché mignon dans lequel tombent facilement ces hâbleurs de blogueurs ténors à l'ego surdimensionné dès que les feux de la rampe se tournent vers eux.

L'orchestre de Radio-France, sous la ferme houlette de son directeur Myung-Whun Chung apporta sa pierre à la perfection de la soirée, l'ouvrant par une... ouverture (oui, bon...) de La Forza del Destino très bien maîtrisée pour une parfaite mise en condition, l'accompagnement des chanteurs fut impeccable, présent mais pas envahissant et ne couvrant pas les voix. Cela dit, Dessay ni Villazon n'ont vraiment besoin qu'on les ménage, l'un comme l'autre possédant une voix puissante (Dessay), voire très puissante (Villazon) et une bonne (Villazon), voire très bonne (Dessay) projection.

... et Elle

Ah, Elle. Rhalala lala. Vous ne pouvez pas savoir ce que vous avez raté. Ah si en fait vous pourrez en avoir une petite idée en écoutant la retransmission du concert le 8 mai sur à 20 h, sur France-Musique. Une Natalie Dessay dans un grand, un très très grand jour. Attention, vous allez avoir droit à la revue de détails. Pour le revivre et me souvenir et spécialement pour Juju qui aurait tant aimé pouvoir venir.

De la tenue

Commençons par les futilités. D'ordinaire Natalie Dessay a des robes assez moches et moi ne partageons pas les mêmes goûts vestimentaires. Elle revêtait pourtant en cette soirée de liesse musicale une robe couleur bronze dont la forme et la matière évoquaient un ma foi fort joli déshabillé à fines bretelles, fendu tout le long de sa jambe gauche et accompagné d'une étole dans les mêmes tons. Abandonné aussi le chignon banane aux mèches folles, au profit d'une chevelure revenue à son brun naturel (ouf !) nouée en demi-queue à l'aide d'une jolie barrette miel. (Si quelqu'un dégotte une photo...)

De l'audace

C'est dans cette tenue qu'elle apparaît sur la scène pour son entrée dans le duo de La Traviata. Je devine l'état de tension dans lequel elle devait se trouver à ce moment-là. D'abord, elle a toujours un trac de dingue les premières minutes (ça s'est d'ailleurs un tout petit peu entendu dans ce duo, le seul air où elle a été un poil, un tout petit quart de poil, en retrait, crispée). Mais surtout, surtout, c'était La Traviata, un rôle qu'elle n'a jusqu'ici jamais chanté (en public du moins), et que beaucoup ne pensaient pas à sa portée, en raison de sa tessiture. On murmurait qu'elle était totalement frapadingue de viser Violetta, on prédisait la chute magistrale, pathétique, au mieux acceptable avec un public bienveillant. Or après le duo le programme annonçait le solo de Violetta : « È strano », peut-être le plus célèbre des airs pour soprano. Soprano lyrique de préférence, capable pour certains passages (et à certains goûts) de tirer vers le dramatique. Et Natalie Dessay est (était ?) soprano léger...

Flamboyante. Plus que crédible, sa Violetta multiplie les facettes, tour à tour dubitative, rêveuse, désabusée, résolue. La voix est sûre et solide. L'air est généralement scindé en deux pistes, « È strano » et « Folie ! » et après l'aigü puissant qui ponctue la fin du premier une partie du public, déjà plus que conquise, pense qu'elle a accompli son but et qu'elle va s'en tenir là. Que nenni, interrompant les premiers cris d'extase, elle enchaîne sur « Folie ! », et j'ai cru percevoir qu'avoir passé la première manche avec brio la libère plus encore pour le deuxième, qu'elle chante en conquérante, ce qui colle parfaitement au texte.

Ceux qui connaissaient l'enjeu comme ceux qui n'en mesuraient pas la portée saluent la fin de l'air en un tonnerre d'applaudissements et de cris, et je ne suis pas la dernière à me mêler aux uns et aux autres ! Ses yeux brillent d'un bonheur qui fait plaisir à voir.

Douce

Pfiou, la magie créée par ce premier solo ne va pas s'estomper jusqu'à la dernière note du récital. Les deux chanteurs poursuivent avec l'émouvant duo de Lucia di Lammermoor, lorsque les deux jeunes gens viennent de se promettre amour et fidélité avant qu'Edgardo ne parte pour la France. Notre Rolando a des yeux de velours et la voix assortie. Natalie Dessay est une superbe jeune amoureuse inquiète et triste de se séparer de son fiancé. On l'entendra en entier dans ce rôle en septembre à l'Opéra Bastille. Il me tarde !


Entracte (à suivre plus tard dans la soirée)

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