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Mot-clé - mes petits cailloux (1960-2006)

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mardi 24 avril 2007

3:1963 déménager

A trois ans ou dans quelques semaines, j'aime toujours aussi peu déménager. Je l'ai pourtant fait de nombreuses fois, enfant, adolescente, dans ma vie d'adulte. Ça n'est donc pas un « manque d'entraînement ».

A trois ans (quatre ? enfin quelque part par là), ce qui m'angoisse c'est le mariage avec ma fiancée de la maternelle qui risque de tomber à l'eau, ma chambre qui ne sera pas pareille que celle-ci, donc forcément moins bien, mes jouets – ma poupée Gribouille – que je ne retrouverai plus à sa place.

Le déménagement suivant s'annonçait sous de bien meilleurs auspices : j'allais me rapprocher de mon lycée et pourrais désormais échanger trois quarts d'heure de bus+métro par dix minutes à pieds, et surtout me rapprocher de Claire et des autres copains. Mais j'ai détesté la période cartons faire et défaire, trier, ranger. Pas seulement l'aspect « boulot », quoique précocément feignasse, mais le chambardement. Paradoxalement j'aime autant le changement que je déteste être dérangée. Evidemment c'est difficilement compatible.

Je suis je crois extrêmement casanière. Les destinations lointaines ne m'attirent pas le moins du monde : je suis entre deux eaux pendant un jour ou deux à chaque fois que je pars en vacances, je cherche mes marques, je tourne et je vire ou je me réfugie dans une activité bien familière, le temps d'avoir plus ou moins apprivoisé mon nouvel espace.

Mais comme rien n'est simple, je suis aussi fort curieuse, surtout des gens, et jusqu'à présent aucun inconnu n'a spontanément sonné à ma porte pour faire ma connaissance, sauf par erreur ou pour me vendre des calendriers. Et moi j'aime bien les nouveaux gens, chaque batée dans la rivière du monde est l'espoir d'une nouvelle pépite, et je me fiche bien de savoir qu'il va me falloir rejeter la plupart de mes trouvailles au fil de l'eau du moment qu'une fois de temps en temps l'or brille dans mon tamis. Ça m'est arrivé souvent. Je ne crois pas être particulièrement chanceuse pourtant ; faut juste retrousser le bas de son pantalon, mettre un chapeau pour se protéger des coups de soleil et aller à la rivière en n'escomptant pas faire fortune du jour au lendemain.

Les blogs ne sont pas mon seul filon, j'étais déjà bien riche avant, mais c'est un sacré putain de gisement, au croisement d'une multitude de rivières aux flots calmes ou tumultueux. Et tout ça sans bouger de ma chaise pour les premiers sondages. (Après faut aller y voir parce qu'on ne peut pas tout décider uniquement avec les sondages, n'est-ce pas...)

Houla, je ne sais plus du tout ce que je voulais raconter au début de ce billet. J'étais partie sur les déménagements. Le prochain que j'appréhende mais dont je suis contente. Les deux grandes terrasses. Tang. La ponction du porte-monaie plus légère. Une chambre pour chacun. Les petits traiteurs chinois pour épauler M. Picard.

Partir vendredi en week-end à Delft avec Claire. Revenir. Paris-Carnet. Faire les cartons. Deuxième tour. Déménager. Fête terrasse.

En 1963, ma mère obtient un HLM. 2007, c'est mon tour et mes copines de maternelle ont toutes des adresses email.

lundi 19 février 2007

2:1962 superstition

En 1962, ma grand-mère maternelle meurt d'un cancer du sein. Avant de disparaître elle voudra mettre en ordre quelques affaires et téléphonera à la femme de mon père pour lui apprendre mon existence et ouvrir involontairement ainsi une plaie qui ne se refermera jamais.

C'était mon seul grand-parent vivant. Ma mère n'ayant ni frères ni sœurs et mon père effectuant une séparation étanche entre sa vie légitime et nous, ma famille tout entière se résume aux trois habitantes de notre petit studio.

Un cancer du sein.

C'est la semaine « 1962 » des Petits cailloux et ricochets que la gynécologue me prescrit une mammographie et échographie accompagnée du dessin aux trois tétons. Angoisse, vertige. La peur de mourir avec laquelle je bataille depuis tant d'années n'a jamais été exempte d'irrationnalité, c'est le moins qu'on puisse dire, mais pour la première fois elle se nourrit également de superstition. Je vois des signes partout. Et si mes « petits cailloux » amassés en novembre et décembre l'avaient été par préscience d'une mort prochaine ? Un bilan qu'on tire avant de partir ? Et si l'année 62 des ricochets était un signal ? Et si le souhait d'arrêter de fumer était un combat d'arrière-garde contre l'inéluctable ? Et ce désir soudain de « reprendre en main » ma santé qui m'avait conduite depuis quelques semaines à fréquenter de nouveau les cabinets médicaux, n'était-ce pas encore et toujours cette préscience ? N'est-ce pas logique que je meurre d'un cancer du sein pour ainsi boucler la boucle du sursis ?

Quarante-six ans de cartésianisme et d'anti-obscurantisme se frottent à la superstition née de la peur. Je comprends de l'intérieur les mécanismes qui font plonger des gens vers les poudres de perlimpinpin, incantations, cartomanciennes et autres fantasmes du surnaturel. Puisque j'attends, puisque je ne peux rien maîtriser de l'issue de cette attente, rien entreprendre avant elle, je ne peux y associer que des éléments tout aussi peu maîtrisables.

Le retour au rationnel s'effectue à 11h10 le mercredi. L'abattement qui me saisit en apprenant que le rendez-vous est le lendemain fait place quelques dizaines de minutes plus tard à une « inquiétude raisonnable », non négligeable mais exempte d'angoisse. Le taux d'adrénaline, monté à son acmé pour ce jour et cette heure, pédale désormais dans le vide et la superstition reprend sa place dans la gamme des ridicules.

D'ailleurs, le lendemain matin il faisait grand soleil. C'est pas un signe, ça ? ;)

mardi 30 janvier 2007

1:1961 gimmicks

Je n'ai évidemment aucun souvenir de mes un an, si ce n'est les histoires mille fois entendues du berceau au pied du lit faisant tobogan vers le lit que partageaient ma mère et ma sœur et de mon extrême sagesse. Gimmicks.

J'y cherche un sens. J'y cherche du sens. Forcément je plaque quelques prêt-à-psychologiser sauvagement, je m'interroge. Sur ces allers vers le lit familial et le retour de ma sœur dans le mien jusqu'à son mariage. J'ai eu beaucoup de mal à arriver à dormir seule ensuite. Mes angoisses nocturnes sont-elles nées là, dans cette solitude soudaine de ma chambre ?

Lorsque mes enfants étaient petits je me souviens m'être posée des tas de questions à ce sujet : devais-je les laisser venir dans notre lit lorsqu'ils faisaient un cauchemar ? Ou leur « apprendre » à gérer les angoisses sans le support d'un autre corps contre le leur ? Mais aussi : mes questionnements sur mon enfance, l'influence de cette permanence nocturne devait-elle jouer un rôle dans les décisions que je prenais pour eux ?

Et au bout du compte : mais vas-tu arrêter de couper les cheveux en quatre à la fin ?

Idem pour la sagesse. Ah cette enfant idéalement calme et souriante qu'on me décrivait ne cessait de m'inquiéter pour les miens. Etais-je à ce point heureuse ou avais-je déjà peur de déranger ? Et les miens, pourquoi l'un au sommeil si agité et l'autre au sommeil si paisible ? Qu'as-tu encore collé à tes mômes ?

Et au bout du compte : mais vas-tu arrêter de couper les cheveux en quatre à la fin ?

Comment élever nos enfants : devons-nous nous référer à ce que nous avons connu pour éviter de reproduire ce qui nous a fait souffrir ou rejouer les mêmes formidables moments que nous vécûmes nous mêmes ? Mais n'est-ce pas encore là un dangereux risque de projection ? Ce qui nous a ravi peut leur déplaire, ce qui a laissé des traces indélébiles chez nous peut leur sembler tout à fait anodin.

Hey Anna Fedorovna, vas-tu arrêter de coupe les cheveux en quatre à la fin ?

jeudi 25 janvier 2007

Petits cailloux et ricochets

En novembre et décembre 2006 j'ai remonté les années de 2006 à ma naissance au rythme d'un billet par année et ce qu'elle m'évoquait. J'ai appelé cette série de billets « Mes petits cailloux 2006-1960 ». A l'issue de cette série j'ai eu envie de le reprendre en sens inverse et quelques blogueurs ont décidé de suivre avec moi leur propre chemin.

Des discussions ont eu lieu au détour de quelques billets et de mon premier caillou du retour à l'issue desquelles un blog collectif vient d'être créé : Petits cailloux et ricochets accueillera les textes de tous ceux qui souhaitent y participer. Les modalités pratiques sont expliquées sur cette page.

Qui peut participer ?

Absolument tout le monde, blogueur ou non, né en 1920 ou en 2000. Le seul impératif est de suivre l'un des chemins aujourd'hui -> l'année de votre naissance ou l'inverse. Vous pouvez publier sur votre blog si vous en avez un puis republier sur le blog collectif ou ne publier que sur le blog collectif. Les années où l'on n'a rien à dire sont permises mais il faudra quand même créer un billet pour cette année-là sur votre chemin, quitte à n'y déclarer qu'un R.A.S. Chaque chemin doit être complet à partir de l'année que vous aurez choisie pour démarrer (aujourd'hui ou votre année de naissance selon le sens du chemin que vous emprunterez).

Quand publier ?

Euh ben ça je n'y ai pas réfléchi. Quand on veut ? Ou quand le gros des troupes en arrive à votre année ou ???

Comment s'inscrire ?

C'est tout expliqué sur la page du wiki.

mercredi 24 janvier 2007

0:1960 garçon

Mon père voulait un garçon. Ainsi ronchonna-t-il à ma naissance auprès de ma mère, qui lui rappela aimablement que ses études scientifiques jeune homme n'avaient pu le laisser dans l'ignorance 1/ de la loi des statistiques, 2/ et surtout de qui de l'homme ou la femme apportait la dose de x et de y qui décident de ce point de détail.

Il a dû rapidement se faire une raison car je n'ai jamais eu l'impression que je n'étais pas « du bon côté » du chromosome. En revanche, si je n'ai pas été élevée à devenir commando parachutiste, rien non plus n'a été fait ni de sa part ni de celle de ma mère pour me pousser dans les fifilleries. La mode et les mœurs n'étant pas encore à l'éducation égalitaire, j'ai été très vite classée dans la tribu des garçons manqués, comptant plus de pantalons déchirés aux genoux que de traces du rouge à lèvres de maman sur mes chemisiers. Ma mère refusait le statut minorant qu'on faisait aux femmes et mon père détestait les minauderies (enfin pas toutes semble-t-il, mais du moins pour sa fille...) J'ai donc fait du judo, été priée de faire le maximum dans mes études, interdite de dentelles et de vêtements roses (j'en connais une que ça aurait drôlement frustrée !), entendu railler les journaux féminins de tous temps, tancée sévèrement à la moindre tentation de jouer de la larme pour obtenir quelque faveur.

L'éducation différente du gros du lot, si elle comporte d'indéniables atouts, a toujours le revers de sa médaille : constatant autour de moi les trousses de maquillage complètes, froufrous aux jupons, barrettes à qui mieux-mieux et exclamations d'admiration sur leur joliesse par les parents de mes copines, ne pouvant devenir sourde aux perpétuelles remarques admiratives sur la beauté de ma mère et de ma sœur, qui de surcroît se ressemblaient énormément tandis que je suis le portrait craché de mon père, valoches comprises, j'en tirai la conclusion qui s'imposait. Faute d'être jolie ou de présenter quelque compétence féminine on me poussait à développer d'autres talents.

J'en ai parlé il y a quelque temps à ma mère, effarée de l'apprendre, la pauvre. Je ne doute pas que loin d'eux fut cette intention. Le hic c'est que les mauvais lierres de ce genre qui grandissent avec vous sont durs au désherbage.

mardi 23 janvier 2007

Ricochets

J'entame demain le chemin du retour des Petits Cailloux.

C'est parti pour 1960 -> 2006. Ici. A un rythme moins soutenu que le chemin 2006-1960 et en tout état de cause forcément erratique car je préfère ne pas m'imposer le billet du lundi ou autre formule. Ça devrait quand même plus ou moins ressembler à de l'hebdomadaire.

Je les recopierai au fur et à mesure sur anna.fedorovna.org, où je fermerai sans doute les commentaires (ou pas, je ne sais pas trop), juste pour les avoir là tous ensemble dans leur coin à eux avec leurs tris possibles par an ou par chemin. Vous n'avez pas spécialemment besoin de vous y abonner si cette lecture vous intéresse puisque de toutes façons ils seront ici. C'est surtout pour moi, quoi.

Merci de vos suggestions et remarques les concernant dans les commentaires du billet précédent, ça m'a éclairci les idées à ce sujet.

Plusieurs d'entre vous ont parlé d'échos (moi évidemment je suis tentée d'appeler ça des ricochets...) L'idée d'un « Ricochets des blogeurs » ou autre collecriture me plaît énormément mais je ne v/peux pas me lancer là-dedans, j'ai déjà trop de blogs en maintenance (pas vrai, Xave ? ;)) Par contre, si l'un d'entre vous souhaitait piloter un tel projet je peux fournir l'espace (par exemple en sous-domaine de des-blogueurs.org) et m'occuper de l'installation d'un tel blog. A elle/lui de voir sous quelle forme cela pourrait se faire.

Merci encore.