Kozeries en dilettante

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vendredi 1 juin 2007

Les oies

Tout dans le cul, rien dans la tête, avait coutume de cracher Claire dès que son chemin croisait une oie (par chance, à Paris ça n'est pas trop fréquent). J'aurais volontiers quant à moi une théorie complémentaire : les oies, par le truchement des plumes d'oreiller et garniture de meubles de salon, ont la stupidité contagieuse et m'ont maudite. (Et c'est pas juste vu que c'est Claire qui en dit toujours du mal. Moi je les aime bien, surtout en rillettes.)

Je vous ai parlé une fois de ma conduite indigne à l'égard de Magdalena Kozena et de mon ami Zbigniew. Vous vous disiez sans doute qu'après pareille mésaventure je ne me promènerais plus jamais sans porter sur moi une réserve d'allumettes destinées à maintenir mes paupières ouvertes si le besoin s'en faisait sentir.

Hélas...

J'ai retrouvé avec un plaisir infini Fabienne Courtade mercredi dernier. Le lieu de la lecture étant dépourvu de chaises, les gens étaient restés debout, à l'exception de cinq zigotos : le compagnon de Fabienne, Shaggoo, Gilda, Ka et moi, qui nous étions assis par terre. Mais comme nous n'étions pas aux premiers rangs, nous n'entendions que les voix (pas très bien d'ailleurs car la porte extérieure était restée ouverte, sans parler des interruptions incongrues) et n'avions pour tout panorama qu'une forêt de jambes.

Entendre sa voix sans la voir me rappela la dernière fois qu'ils étaient venus à la maison. C'était un soir de Noël. Ni eux ni nous n'avions projeté de passer ce réveillon dans nos familles et nous avions organisé un petit dîner genre copains-camembert à la maison juste eux deux, mes enfants et moi. Je m'en réjouissais d'autant plus que je venais de commencer de nouveaux horaires très matinaux qui me donnaient l'impression d'aller au bureau la nuit et me sapaient le moral.

Nous avons pris l'apéritif dans le salon et je m'étais blottie dans mon fauteuil favori, les jambes sur un accoudoir et la tête sur l'autre. C'était doux et calme, Djidji lançait quelques-unes de ses saillies pince-sans-rire, Fabienne interrogeait Meusa sur son voyage au Mali. A un moment j'ai perdu le fil, je me suis mise à écouter la musique de leurs voix, comme cela m'arrive assez souvent avec les gens que j'aime.

Au bout d'un moment, le salon s'est transformé en chambre avec vue sur la mer, les voix ont formé flux et reflux de vagues sur une plage de sable où j'enfonçais mes doigts.

Et je me suis endormie.

Ils ont baissé la voix. Ils m'ont couverte d'un plaid douillet, ont quitté la pièce. Ils ont dîné dans la cuisine, pris le café et la tisane, bavardé, rangé la cuisine, fait la vaisselle.

Les enfants m'ont réveillée pour me conseiller d'enfiler un pyjama : « Ohé Amélie file au lit ! » « Oui ? Quoi ? C'est l'heure de dîner ? » bondis-je émergeant de ces quelques secondes où j'avais fermé les yeux pour une excursion en philophie. « C'est plutôt l'heure du repentir », lâcha le plus vil de ma progéniture, « il est deux heures du mat, Fabienne et Djidji viennent de partir, on a bien dîné. Mais toi tu es vraiment bizarre d'inviter les gens et de ronfler toute la soirée. Heureusement qu'on était là ! »

Ainsi me poursuit la Malédiction des Oies.

samedi 12 mai 2007

Plus que jamais, la poésie

« La poésie, c’est l’impensable. Mais il faut bien passer par les mots. Un poème de Fabienne Courtade est comme une échappée, une trouée de lumière dans un ciel lourd de nuages. Et ce qui est imprimé, c’est le ciel inversé de la page, noire d’écriture, dont paroles et images s’annuleraient pour atteindre à sa blancheur seconde. »

Dominique Grandmont, La poésie c'est l'impensable, L'Humanité, 11 septembre 1998.

Le 22 mai, Fabienne Courtade et Sylvie Gouttebarron liront quelques-uns de leurs poèmes à l'occasion de la parution du numéro 9 de Rehaut, une revue d'art et de littérature.

J'ai déjà dit l'admiration que je porte à Fabienne Courtade. Je serai bien sûr à cette lecture le mardi 22 mai à 19 heures, galerie Jacques Levy, 62 rue Charlot, à Paris (3e). J'espère y croiser quelques-uns d'entre vous.

vendredi 1 décembre 2006

1985:25 stars

simone fume 30 septembre 1985. J'apprends le décès de Simone Signoret et j'en suis très attristée. Tout en elle me la rend attachante, ses rôles, sa vie, ses avis. Au-delà de sa présence irradiante, une sincérité profonde dans ses engagements et une grande franchise même pour reconnaître ses plantages. La prise de risques professionnelle : ses participations à des premiers films, des films peu susceptibles de passer en tête du box-office, des films dont les images la montrent sans fard, veillie et marquée par l'alcool. La prise de risques dans sa vie, pour ce que j'en connais bien sûr. Dans La nostalgie... et Le lendemain... j'aime aussi la façon dont elle parle de Marylin Monroe et de la liaison de celle-ci avec Yves Montand, ou de sa façon d'assumer et expliquer son rôle de « pétitionnaire de service » ou encore leur rencontre avec Krouchtchev.

Et puis il y a l'indiscible : la forme des yeux (j'en pince grave pour ces yeux dont je ne sais plus comment on les qualifie, d'ailleurs mon Monsieur Premier en avait de la même forme), la belle voix rauque et douce à la fois et ce léger défaut de prononciation, le regard d'une forte personnalité laissant transparaître une grande fragilité.

La voix. Une fois encore je me rends compte de l'importance que j'y accorde. Mon premier grand amour, ma passion de petite fille, c'était Haroun Tazieff, sa voix rocailleuse, son accent russe. Dans mon esprit d'enfant, sa voix, son rythme de parole – sa musique – étaient en parfaite harmonie avec « ses » volcans, on y entendait la lave. Françoise Sagan, sa voix fluette, son débit précipité dans lequel s'intercalaient de grandes plages de silence, ses balbutiements : tout sauf l'arrogance. Fabienne Courtade, dont j'ai déjà parlé ici, presque un murmure porté sur un souffle haletant, qu'on la lise ou qu'on l'entende la forme mélodique est la même. Il paraît que le violoncelle est l'instrument dont le son est le plus proche de la voix humaine. Et tiens, justement, le violoncelle est mon instrument préféré.

La dame du mardi avait la voix de Simone Signoret et ses yeux aussi.

Parmi mes plus beaux souvenirs d'enfance, m'endormir au son indistinct des conversations entre adultes. Je me surprends parfois dans une conversation à ne plus écouter que le son des voix et oublier de porter attention au sens des mots, comme ça, un « switch » soudain sans avertissement et sans lien avec l'intérêt porté au sujet évoqué. Erm... ce n'est pas toujours socialement très facile quand mes interlocuteurs attendent une réponse et que je cligne des yeux, ahurie : « Pardon ? » Comment dire « oh pardon, désolée, j'écoutais votre musique », je ne tiens pas à ce qu'on m'enferme tout de suite...

Alors l'opéra, forcément...


(A écouter l'entretien de Simone Signoret avec Jacques Chancel dans « Radioscopie » sur France-Inter, en novembre 1976, peu après la sortie de La nostalgie.)

Crédit photo : Simone Signoret par Jane Bown, 1966.

mardi 7 décembre 2004

Fabienne Courtade, lecture au musée Zadkine

Il reste, recueil de Fabienne Courtade Je vous ai déjà parlé de Fabienne Courtade. J'ai publié ici un extrait de son dernier recueil, Il reste, paru chez Flammarion. Elle sera jeudi soir au musée Zadkine pour lire quelques-uns de ses poèmes et des extraits d'Au-dessous du volcan, de Malcolm Lowry.

J'aime l'écouter lire elle-même ses poèmes. J'ai déjà assisté à des lectures par des comédiennes et c'était très bien. Vraiment très bien. Mais la voix, le rythme, le souffle si particulier de Fabienne sont si proches de son écriture que ça me gêne de les entendre par quelqu'un d'autre. Comme s'il y avait là quelque ridicule tentative d'usurpation. De même est-ce sa voix, ses silences que j'entends intérieurement lorsque je lis seule chez moi.


Jeudi 9 décembre, à 19 heures, au musée Zadkine, 100 bis rue d'Assas, 76006 Paris. Tél. : 01-55-42-77-20. Entrée libre.

Sur Remue-net, un entretien avec Fabienne Courtade, par François Rannou.
Lectures d'automne au musée Zadkine, programme.

samedi 3 juillet 2004

Il reste

De mon amie Fabienne Courtade, cet extrait d'Il reste (éditions Flammarion, 2003).

la lenteur
diminue

parfois ce sont des murmures

quelques lignes     effacées dans l'enveloppe l'eau nous traverse    laisse
la première lettre de ton
nom
j'ai du mal à te dire
des mots
   il faudrait un corps, il
tombe
de niveau
en niveau

ne pas se fier à ce jour, les sillons du       jour presque beau
   il ne fallait pas se fier aux sillons
d'un jour si beau, des silhouettes des images le contour se déplace

sans que rien ne bouge