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mardi 2 mai 2006

Récital Dessay-Villazon : c'est pas encore ce coup-là que je vais arrêter d'être fan (1)

Ella, elle l'a
Ce je ne sais quoi
Que d'autres n'ont pas
Qui nous met dans un drôle d'état
Ella, elle l'a
Ella, elle l'a
Cette drôle de voix
Cette drôle de joie
Ce don du ciel
Qui la rend belle
Ella, elle l'a
Ella, elle l'a
(France Gall, « Ella, elle l'a »)

Qu'Ella la grande me pardonne de voler un extrait de l'hommage que lui rend France Gall pour introduire ce billet façon Garfieldd, le complice qui partagea mon bonheur en ce dimanche soir au Théâtre des Champs-Elysées.

J'hésiterais à employer des qualificatifs tels que « grandiose » ou « exceptionnel » si d'autres que moi, moins inconditionnels, voire sceptiques de longue date, n'avaient eux-mêmes couvert d'éloges la prestation des deux chanteurs, et notamment de la soprano, merveilleuse de bout en bout, tant dans son registre familier de l'opéra français, que plus nouveau de la Lucia italienne, voire inédit avec La Traviata.

Eux...

Rolando Villazon déclarait lors d'une interview que la première fois qu'il avait entendu Natalie Dessay, sa première réaction avait été « Wouahhhh ! » et la deuxième « Je veux chanter avec elle un jour. » Voilà qui fut fait, et de belle manière. Si le ténor mexicain m'a moins impressionnée que la chanteuse, je crois son avenir très prometteur. Il semble posséder toutes les qualités requises pour faire une longue et belle carrière : les veloutés nécessaires à la fin du duo de Roméo et Juliette, la fermeté qui sied à l'Alfredo de la Traviata et le sens du théâtre qui, allié à celui de Natalie Dessay, nous fit bien souvent oublier que nous assistions à un « simple » récital.

Ne négligeons pas également un physique appréciable et un incontestable talent pour séduire le public façon crooner latino, ressource dont il sut user sans abuser lors de ses moins-bien dimanche. Crooner mais pas lourdingue, il apporte à son chant un éventail de nuances sans en faire des tonnes, péché mignon dans lequel tombent facilement ces hâbleurs de blogueurs ténors à l'ego surdimensionné dès que les feux de la rampe se tournent vers eux.

L'orchestre de Radio-France, sous la ferme houlette de son directeur Myung-Whun Chung apporta sa pierre à la perfection de la soirée, l'ouvrant par une... ouverture (oui, bon...) de La Forza del Destino très bien maîtrisée pour une parfaite mise en condition, l'accompagnement des chanteurs fut impeccable, présent mais pas envahissant et ne couvrant pas les voix. Cela dit, Dessay ni Villazon n'ont vraiment besoin qu'on les ménage, l'un comme l'autre possédant une voix puissante (Dessay), voire très puissante (Villazon) et une bonne (Villazon), voire très bonne (Dessay) projection.

... et Elle

Ah, Elle. Rhalala lala. Vous ne pouvez pas savoir ce que vous avez raté. Ah si en fait vous pourrez en avoir une petite idée en écoutant la retransmission du concert le 8 mai sur à 20 h, sur France-Musique. Une Natalie Dessay dans un grand, un très très grand jour. Attention, vous allez avoir droit à la revue de détails. Pour le revivre et me souvenir et spécialement pour Juju qui aurait tant aimé pouvoir venir.

De la tenue

Commençons par les futilités. D'ordinaire Natalie Dessay a des robes assez moches et moi ne partageons pas les mêmes goûts vestimentaires. Elle revêtait pourtant en cette soirée de liesse musicale une robe couleur bronze dont la forme et la matière évoquaient un ma foi fort joli déshabillé à fines bretelles, fendu tout le long de sa jambe gauche et accompagné d'une étole dans les mêmes tons. Abandonné aussi le chignon banane aux mèches folles, au profit d'une chevelure revenue à son brun naturel (ouf !) nouée en demi-queue à l'aide d'une jolie barrette miel. (Si quelqu'un dégotte une photo...)

De l'audace

C'est dans cette tenue qu'elle apparaît sur la scène pour son entrée dans le duo de La Traviata. Je devine l'état de tension dans lequel elle devait se trouver à ce moment-là. D'abord, elle a toujours un trac de dingue les premières minutes (ça s'est d'ailleurs un tout petit peu entendu dans ce duo, le seul air où elle a été un poil, un tout petit quart de poil, en retrait, crispée). Mais surtout, surtout, c'était La Traviata, un rôle qu'elle n'a jusqu'ici jamais chanté (en public du moins), et que beaucoup ne pensaient pas à sa portée, en raison de sa tessiture. On murmurait qu'elle était totalement frapadingue de viser Violetta, on prédisait la chute magistrale, pathétique, au mieux acceptable avec un public bienveillant. Or après le duo le programme annonçait le solo de Violetta : « È strano », peut-être le plus célèbre des airs pour soprano. Soprano lyrique de préférence, capable pour certains passages (et à certains goûts) de tirer vers le dramatique. Et Natalie Dessay est (était ?) soprano léger...

Flamboyante. Plus que crédible, sa Violetta multiplie les facettes, tour à tour dubitative, rêveuse, désabusée, résolue. La voix est sûre et solide. L'air est généralement scindé en deux pistes, « È strano » et « Folie ! » et après l'aigü puissant qui ponctue la fin du premier une partie du public, déjà plus que conquise, pense qu'elle a accompli son but et qu'elle va s'en tenir là. Que nenni, interrompant les premiers cris d'extase, elle enchaîne sur « Folie ! », et j'ai cru percevoir qu'avoir passé la première manche avec brio la libère plus encore pour le deuxième, qu'elle chante en conquérante, ce qui colle parfaitement au texte.

Ceux qui connaissaient l'enjeu comme ceux qui n'en mesuraient pas la portée saluent la fin de l'air en un tonnerre d'applaudissements et de cris, et je ne suis pas la dernière à me mêler aux uns et aux autres ! Ses yeux brillent d'un bonheur qui fait plaisir à voir.

Douce

Pfiou, la magie créée par ce premier solo ne va pas s'estomper jusqu'à la dernière note du récital. Les deux chanteurs poursuivent avec l'émouvant duo de Lucia di Lammermoor, lorsque les deux jeunes gens viennent de se promettre amour et fidélité avant qu'Edgardo ne parte pour la France. Notre Rolando a des yeux de velours et la voix assortie. Natalie Dessay est une superbe jeune amoureuse inquiète et triste de se séparer de son fiancé. On l'entendra en entier dans ce rôle en septembre à l'Opéra Bastille. Il me tarde !


Entracte (à suivre plus tard dans la soirée)

dimanche 26 février 2006

Un Rigoletto mieux que bien

On pourrait faire ça tous les dimanches. TarValanion débarquerait avec les confits en bocaux faits maison, on sortirait braver le froid et la pluie neigeuse avec David et lui pour aller au marché acheter des pommes de terre à faire rissoler avec lesdits confits et des gâteaux pour le dessert. On rentrerait à la maison et TarValanion enfilerait le joli petit tablier multicolore pour nous régaler d'un excellent repas à blurps satisfaits suivi d'un petit café bavard.

Ensuite on prendrait le métro avec Fûûlion qui entre-temps aurait fini ses devoirs sur un coin de la table de la cuisine et on irait rejoindre la petite bande de blogueurs (une très grosse vingtaine quand même) curieux de voir un opéra en vrai, dont certains avaient déjà il y a quelques semaines affronté l'attente glaciale des guichets de la Bastille pour réunir le nombre de places suffisant.

Certains se seraient mis sur leur trente-et-un et d'autres seraient venus en jean et ça serait très bien comme ça. On découvrirait la tête d'inconnus croisés par écrit et on retrouverait des qui ne donnent plus que bien (trop) rarement de leurs nouvelles. Plus inconnus encore mais aussi sympathiques à découvrir, des ami(e)s des uns et des autres.

On ferait la distribution des places, des sous, on s'inquiéterait un peu qu'Oli ne soit pas déjà arrivé avec les billets de Matoo et Yves, mais on se serait inquiétés pour rien puisqu'il arriverait tout à fait à l'heure. Aurèle n'aurait pas compris/lu qu'on se retrouvait à l'intérieur mais il aurait eu la bonne idée de noter mon numéro de téléphone avant de partir. Yves m'aurait juste en face de lui dans son champ de vision mais répéterait inlassablement dans son combiné : « Mais t'es où ? » On trouverait une petite mine à Gilda (la nôtre, pas celle de Verdi) mais on serait bien contente qu'elle ait trouvé la force de venir.

Mais la sonnerie annonçant le début imminent du spectacle retentirait et on se disperserait qui au premier qui au deuxième balcon qui en galerie et même certains au parterre avec un rendez-vous à l'entracte. Puis le noir se ferait, on nous enjoindrait d'éteindre nos téléphones portables, on nous annoncerait que Laura Claycomb, Gilda (celle de Verdi cette fois) est légèrement souffrante (aarghl)[1] et le chef entrerait dans la fosse.

Alors là on prendrait vraiment peur. On trouverait l'ouverture indigne de Monsieur Verdi, d'une mollesse à endormir un geek libre devant une féministe, sans aucun des éléments qui nous font aimer Verdi, pas de lyrisme (pensée émue pour un joli bloug fight), pas de dynamisme, des attaques brouillonnes un tempo lent, mais lent... Et discrètement on compterait ses abattis en prévision des commentaires à l'entracte, surtout que ceux-là on ne peut pas les fermer.

Puis la première scène nous prouverait s'il en était besoin que la mention « Jérôme Savary » en face de « mise scène » ne faisait pas référence à un homonyme mais bien au bof-bof directeur de l'Opéra-Comique : strass et paillettes, acrobates alternant avec ... rien, du vide, des minutes entières qu'il n'a pas su combler où les acteurs et chanteurs errent sur la scène sans qu'on comprenne bien (ni eux sûrement non plus d'ailleurs) ce qu'ils sont censés faire là. Enfin du Savary quoi.

Le duc de Mantoue entrerait sur scène et on se dirait qu'il serait tout à fait potable. Pas foudroyant mais honnête, doté d'une bonne projection et d'un timbre pas désagréable. Rigoletto interviendrait alors pour la première fois et on se redresserait dans son fauteuil : tiens tiens, pas mal, pas mal du tout ce Andrzej Dobber ! Ah zut, privés de la belle colère du comte de Ceprano, sa malédiction ne ferait pas peur à grand monde, le chef donnerait alors un peu plus d'allant à l'orchestre pour compenser le manque de vigueur du chanteur (bon choix du chef pour le coup, faut bien que ça tonne quelque part).

Oh, mais ah ! Sparafucile (Ain Anger) tiendrait la route dis donc. Ah oui, tout à fait bien même, tant mieux pour la scène de l'orage du dernier acte.

Et puis ça serait l'entrée en scène de Gilda. On aurait écouté auparavant sur son site les extraits de Rigoletto et on aurait gardé le souvenir d'une voix de cocotte un chouïa chevrottante alors on ne se serait attendu à rien de bien terrible. Et on aurait eu tort. Soit qu'elle aurait progressé, soit que les enregistrements sur son site ne lui auraient pas rendu justice ou bien encore que la légère indisposition annoncée avant le début du spectacle lui ait profité, toujours est-il qu'on trouverait qu'elle assure tout à fait bien son rôle, tant scéniquement que vocalement. Oui je crois qu'à ce moment-là on se détendrait tout à fait en songeant que ça va peut-être bien leur plaire.

Et Rigoletto-Dobber aurait continué de nous épater, bon chanteur, très bon comédien, bonne grosse voix paternelle avec ce qu'il faut de mordant à un fou du roi.

Puis les méchants viendraient enlever Gilda (celle de Verdi) et on irait retrouver Gilda (la nôtre) et les autres au point convenu, avec détour fumant sur le parvis bastillien en compagnie de Pascal, Aurèle et Marie. On serait alors rassuré que tout le monde ait l'air satisfait de cette première partie. Ou en tout cas qu'on leur fasse suffisamment peur pour qu'ils n'osent pas dire le contraire. Certains auraient assez de bonté pour répondre plusieurs fois à la même question (« Alors, tu aimes ? ») sans relever la répétition.

Après, ça serait de mieux en mieux. Forcément puisque notre nouveau chouchou chanterait de plus en plus. Impeccable et émouvant Cortigianni, duo à tirer des larmes pour Tutte le feste, vas-y papa-rigo, tiens au fait, on se dirait qu'elle est peut-être tirée vers le haut par le bonhomme la Gilda (celle de Claycomb). On ne s'énerverait pas trop contre la pauvre Maddalena (Dagmar Pecková), si ça se trouve elle a une jolie voix mais comment savoir si on ne l'entend pas. Du coup le quatuor « Bella Figlia dell'amore » prendrait des allures de trio mais au moins on tiendrait la preuve que Bastille n'est pas sonorisée. Ou alors le régisseur son aurait un compte à régler avec cette femme.

Pof pof, tempête, Gilda (celle de Rigoletto) poignardée, sac, fleuve, tout nickel chrome (on se souviendrait qu'on met un sacré bout de temps à rendre son dernier souffle à l'opéra, même trucidée et jetée dans un sac elle a encore plein de trucs à dire à son père la môme.)

Bravo, bravo ! Sont un peu radins avec nos applaudissements le dimanche à Bastille : seuls les solistes et le chef d'orchestre viendraient saluer devant le rideau tandis que les musiciens comme à l'habitude sitôt le salut fait se carapateraient dans les coulisses, le service est fini hého, faut pas déconner. M. le Maudit et moi on essaierait de déclencher une hola pour Dobber mais on ne serait pas encore bien rôdés. On regarderait si Vroumette aurait comme promis allumé son briquet mais on ne verrait rien.

Et après on serait allés, après bien des errances (et quoique abandonnés par une Vroumette en préparation d'examen, Oli et son homme) pour trouver un lieu qui puisse tous nous accueillir, à l'Industrie pour nous abreuver de chocolat chaud, de Leffe et pour certains de pâtisseries.

On parlerait de tout et de rien, surtout de rien, tout contents d'être là ensemble, avant de rentrer dans nos maisons chacun-z-a-nous et de se dire qu'on la referait bien.

Pour l'Elixir d'amour ?


Eux aussi ils racontent : Shaggoo, Matoo, Chondre, Joël, MleMaudit.

Notes

[1] Ça doit être la maledizione.

vendredi 30 décembre 2005

Et les deux autres, tout le monde s'en fout ?

Je ne sais pas si j'irai voir ''Rigoletto'' avec la même bande de sans-cœur que ceux avec lesquels je suis allée hier écouter L'Amour des trois oranges. Ça va être difficile, il va falloir que je prenne sur moi. Je vous explique (attention, spoiler ci-dessous, ne cliquez pas sur Lire la suite si vous devez aller voir le spectacle).

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dimanche 10 juillet 2005

Attention, hagiographie assumée

Pas si facile de faire un compte rendu du récital de Natalie Dessay. Les lecteurs habituels de ce blog ne s'attendent à rien d'autre qu'un déluge de compliments à l'adresse de l'Icône de la maîtresse de maison et se disent in petto que quoi que la dame ait chanté en ce jeudi 7 juillet au Théâtre des Champs-Elysées, la Koz s'extasiera et vous rebattra les oreilles d'un billet hagiographique.

J'aimerais vous surprendre aujourd'hui...

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mardi 5 juillet 2005

Z'avez de la chance

Fûûlion ne pourra pas m'accompagner au récital de Natalie Dessay, jeudi 7 juillet à 20 heures au théâtre des Champs-Elysées (Verdi, Bellini, Donizetti, Rossini).

La place est à qui veut...

dimanche 12 juin 2005

Britten - Le Tour d'écrou

A quoi reconnaît-on une authentique feignasse à votre avis ? A ce qu'elle attend patiemment que ses petits camarades fassent le boulot. Voilà qui est fait : Bladsurb livre son compte-rendu du Tour d'écrou que nous sommes allés voir ensemble hier soir et comme je suis en tous points d'accord avec lui et qu'il dit ça très bien, z'avez qu'à aller lire chez lui. J'ajouterai pour ma part...

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vendredi 10 juin 2005

Deux places pour le Tour d'écrou demain soir

10 juin

Hop ! Je « remonte » ce billet parce qu'un nouveau désistement vient d'être annoncé suite à une soirée d'anniversaire inratable-pardon-maman. Je vous propose donc toujours 2 places à 30 euros pour demain... et vous aurez en prime l'occasion de faire la connaissance de Bladsurb ! :)

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jeudi 2 juin 2005

Merci Pina Glück

On l'aime alors on tremble : et si on était déçue comme le fut Bladsurb avec Barbe Bleue ? Et si le p'tit gars formidable qui vous accompagne pour sa première incursion à l'opéra, alléché par le seul nom de Pina Bausch à laquelle il voue une admiration sans bornes, était déçu ? Et si la sortie programmée depuis de longs mois pour fêter par une sortie à deux le retour de Loin-là-Bas était malvenue, avec le luxe ostentatoire des ors de Garnier après les égouts à ciel ouvert et le riz qu'on mesure avec parcimonie ? Et si on s'ennuyait, malgré la distribution, malgré Pina, parce qu'on est pas fan de baroque ?

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